Pour la première fois de l’histoire, les renouvelables ont généré plus d’électricité que le charbon. Ce basculement historique, sur le premier semestre 2025, consacre la rentabilité croissante des technologies vertes et rebat les cartes du modèle énergétique global.
Un basculement dicté par la compétitivité
Les chiffres publiés le 6 octobre 2025 par le think tank britannique Ember confirment un fait inédit : les renouvelables ont produit 5.072 TWh d’électricité entre janvier et juin 2025, contre 4.896 TWh pour le charbon. Cet écart, encore symbolique, révèle pourtant une transformation structurelle du secteur énergétique. Pour les acteurs du business durable, cette évolution traduit une convergence entre performance économique, résilience industrielle et transition climatique.
Longtemps perçues comme coûteuses, les renouvelables s’imposent désormais par leur compétitivité. D’après Ember, leur production a augmenté de 7,7% (+363 TWh) en un an, alors que le charbon a reculé de 0,6% (-31 TWh). Ces performances reposent sur des gains de productivité technologique et une baisse continue du coût du solaire et de l’éolien. Selon l’analyste Małgorzata Wiatros-Motyka, « nous assistons aux premiers signes d’un tournant décisif ».
Cette dynamique s’accompagne d’une hausse globale de la demande électrique de 2,6% sur la période, soit +369 TWh. Mais loin d’être subie, cette croissance alimente les investissements dans les infrastructures bas carbone. L’électricité solaire, à elle seule, a couvert plus de 80% de cette demande additionnelle mondiale, une performance inédite. Les renouvelables ne se contentent plus de répondre à la demande : elles la tirent vers un nouveau modèle d’abondance décarbonée.
Énergies renouvelables : l’Inde et la Chine rattrapent leur retard
La bascule vers les renouvelables n’est pas homogène, mais elle suit une logique d’investissement industriel différenciée selon les régions. En Asie, la Chine et l’Inde jouent un rôle moteur. Pékin a réduit de 2% sa production fossile tout en augmentant de 43% son parc solaire et de 16% son éolien. L’Inde affiche des croissances similaires (+31% solaire, +29% éolien), tout en réduisant sa production de charbon de plus de 3%. Ces chiffres traduisent un repositionnement stratégique : l’autonomie énergétique passe désormais par la décarbonation du mix.
Dans les économies avancées, la trajectoire est plus contrastée. Les États-Unis ont connu un rebond du charbon (+17%) dû à une demande intérieure soutenue et à la baisse de la production hydraulique. L’Union européenne, fragilisée par la sécheresse et la volatilité des marchés du gaz, a vu ses émissions repartir légèrement à la hausse (+1,1% pour le charbon, +14% pour le gaz). Toutefois, les plans d’investissement massifs — Inflation Reduction Act américain, Pacte vert européen — laissent entrevoir un retour rapide à la trajectoire descendante des énergies fossiles.
Les technologies propres devraient capter 500 milliards de dollars d’investissements
Au-delà du signal climatique, la domination des renouvelables marque une réallocation du capital mondial. Selon les estimations du secteur, plus de 500 milliards de dollars d’investissements privés devraient être orientés vers les technologies propres d’ici fin 2025, tirés par la baisse du coût du capital et la stabilité des flux de revenus liés aux contrats à long terme.
Pour les entreprises, cette mutation bouleverse les chaînes de valeur : la production électrique décentralisée et la modularité des installations solaires favorisent de nouveaux modèles économiques. Les acteurs de la finance durable s’y engouffrent, considérant désormais les actifs fossiles comme des passifs à risque. Dans un monde où 88 pays — représentant 93% de la demande mondiale — ont vu les renouvelables dépasser le charbon, la rentabilité verte n’est plus une promesse mais une réalité mesurable.








