Le 15 octobre 2025, Bonneval Emergence a assigné Nestlé Waters devant le tribunal des activités économiques de Nanterre pour concurrence déloyale. Cette action s’inscrit dans le prolongement des révélations sur l’usage de procédés de filtration incompatibles avec le statut d’eau minérale naturelle. Désormais, l’affaire dépasse le cadre juridique pour devenir un test grandeur nature de la crédibilité RSE du leader mondial de l’eau embouteillée.
Nestlé Waters : un contentieux révélateur de défaillances de gouvernance
Selon les informations du journal Les Échos, Bonneval Emergence réclame 1,3 milliard d’euros, somme portée à 1,6 milliard d’euros avec intérêts, estimant que Nestlé Waters (propriétaire des marques Perrier, Vittel, Contrex et Hépar) a bénéficié pendant plusieurs années d’un avantage concurrentiel fondé sur une non-conformité réglementaire. Pour un groupe qui revendique une gouvernance exemplaire, l’enjeu dépasse la seule réparation financière.
Dans une logique RSE, la question centrale est celle du pilotage du risque. Il faut savoir que l’appellation « eau minérale naturelle » repose sur un socle réglementaire strict, connu de longue date. Le recours à des procédés de filtration non autorisés interroge donc la chaîne de décision interne, les mécanismes d’alerte et la capacité du groupe à arbitrer entre impératifs sanitaires, contraintes économiques et conformité normative.
Nestlé Waters se voit obliger de gérer à la fois responsabilité environnementale et risque réputationnel
Le scandale met également en lumière la question de la gestion durable de la ressource. Nestlé Waters a reconnu avoir eu recours à des traitements pour garantir la qualité sanitaire de certaines eaux. Or, dans une perspective environnementale, cette situation pose la question de la pression exercée sur les nappes, de leur vulnérabilité et de l’anticipation des risques de dégradation. En effet, la promesse d’une eau minérale naturelle implique une gestion préventive des captages, une protection des bassins versants et une transparence totale sur les procédés utilisés. À défaut, la frontière entre gestion responsable et greenwashing devient ténue.
Pour Nestlé Waters, l’impact potentiel sur la confiance des parties prenantes est considérable. Ce scandale a déjà fragilisé la confiance des consommateurs, pour qui l’eau minérale naturelle incarne un produit sain, transparent et faiblement transformé. Or, pour une entreprise, cette confiance constitue un actif immatériel majeur, difficilement quantifiable mais essentiel à la pérennité du modèle économique.
Le risque ne se limite pas au consommateur final. Les distributeurs, les collectivités locales et les investisseurs intègrent désormais ce type de contentieux dans leurs grilles d’analyse extra-financière. La première audience est fixée au 27 janvier 2026, une échéance qui pourrait cristalliser les interrogations sur la capacité de Nestlé Waters à restaurer une trajectoire crédible en matière de conformité et de transparence.








