Une étude publiée le 10 avril 2025 dans la revue Communications Earth & Environment par une équipe de chercheurs de l’université de Tsinghua (Pékin) met en lumière une réalité préoccupante : en 2022, seulement 9,5 % des plastiques produits à l’échelle mondiale l’ont été à partir de matériaux recyclés. Ce taux, stable depuis plusieurs années, est jugé insuffisant au regard de l’augmentation constante des volumes globaux de production.
Selon les auteurs de l’étude, cette analyse repose sur des statistiques nationales, des bases de données internationales et des rapports industriels. Leur objectif était de dresser un état des lieux détaillé, à la fois mondial et régional, du cycle de vie du plastique, de sa production à son élimination. Résultat : 400 millions de tonnes de plastique ont été produites en 2022, dont moins de 40 millions à partir de matières recyclées.
Des obstacles économiques et techniques persistants
Plusieurs facteurs expliquent cette stagnation. Sur le plan économique, le coût de production du plastique vierge reste inférieur à celui du plastique recyclé, ce qui freine les investissements dans les infrastructures de recyclage. « Cette barrière économique décourage l’investissement dans des technologies adaptées, perpétuant ainsi le cycle des faibles taux de recyclage », soulignent les chercheurs, cités par La Dépêche du Midi.
À cela s’ajoutent des contraintes techniques. Les plastiques sont souvent composés de matériaux complexes, comportant de nombreux additifs, ce qui rend leur tri et leur traitement plus difficiles. La présence de résidus alimentaires ou d’étiquettes complique également les processus de recyclage mécanique.
Le traitement des déchets plastiques : incinération en hausse, enfouissement en recul
L’étude observe également une évolution des modes de traitement des déchets plastiques. L’incinération progresse, représentant 34 % des volumes mondiaux, tandis que les mises en décharge reculent à environ 40 %. Dans certains pays, cette tendance est marquée : la Chine, par exemple, incinère désormais 60 % de ses déchets plastiques, contre 14 % mis en décharge. Ces chiffres traduisent une volonté de limiter l’enfouissement, au prix toutefois de nouvelles émissions liées à l’incinération.
Dans Le Point, Quanyin Tan, co-auteur de l’étude, rappelle que cette solution présente des limites : « L’incinération contrôlée peut réduire la quantité de déchets et produire de l’énergie, mais elle nécessite des technologies avancées et un cadre réglementaire strict pour limiter les émissions polluantes. »
Des écarts significatifs entre les régions du monde
L’étude souligne de fortes disparités régionales. Les États-Unis affichent un taux de recyclage particulièrement faible, à 5 %, malgré des capacités techniques importantes. L’Union européenne obtient de meilleurs résultats, mais sans atteindre les objectifs fixés dans ses stratégies pour une économie circulaire.
Du point de vue de la consommation, les États-Unis sont également les plus gros consommateurs de plastique par habitant, avec 216 kg par personne en moyenne chaque année, contre 114 kg dans les pays européens de l’OCDE. En volume total, la Chine reste le principal producteur et consommateur mondial, avec 80 millions de tonnes par an et 32 % de la production mondiale à elle seule.
Impacts environnementaux et sanitaires documentés
Les conséquences environnementales de cette faible performance en matière de recyclage sont bien établies. Selon le Global Plastics Outlook de l’OCDE (février 2022), seulement 9 % des déchets plastiques sont effectivement recyclés, tandis que 22 % échappent encore aux systèmes de gestion des déchets (brûlage à l’air libre, dépôts sauvages, pollution marine).
En 2019, l’OCDE estimait que 6,1 millions de tonnes de déchets plastiques ont été déversés dans les milieux aquatiques, dont 1,7 million directement dans les océans. Ces fuites, combinées à l’accumulation dans les rivières (109 millions de tonnes), laissent présager une pollution persistante sur plusieurs décennies.
Par ailleurs, des risques sanitaires existent à toutes les étapes du cycle de vie du plastique, comme le rappelle l’initiative « Plastics and Health » lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les microplastiques et les additifs chimiques peuvent affecter la santé humaine par ingestion, inhalation ou contact.
Gouvernance et leviers d’action : vers une approche systémique
Face à ces constats, plusieurs pistes d’amélioration sont identifiées par les organismes internationaux. L’OCDE recommande de renforcer les mécanismes économiques incitatifs, comme les systèmes de consigne, les taxes sur la mise en décharge ou les programmes de responsabilité élargie des producteurs. Elle préconise également d’imposer des quotas de contenu recyclé dans la fabrication de nouveaux produits.
L’étude de Tsinghua souligne, de son côté, l’importance d’une conception écoresponsable des produits dès leur mise sur le marché : privilégier des matériaux simples, sans additifs nocifs et facilement démontables. Cette logique s’inscrit dans une gouvernance de la durabilité fondée sur les principes de prévention, de circularité et de transparence.
Sur le plan international, les négociations engagées sous l’égide de l’ONU pour un traité contraignant contre la pollution plastique n’ont pas encore abouti. La dernière session, en décembre 2024 à Busan, s’est soldée par un échec. Une nouvelle réunion est prévue à Genève du 5 au 14 août 2025.








