Le 19 septembre 2025, Orano et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ont inauguré à Grenoble une ligne de recyclage d’aimants à base de terres rares. Cet équipement inédit en Europe doit permettre à l’industrie française de sécuriser l’approvisionnement en aimants permanents, indispensables aux moteurs électriques et aux éoliennes, tout en réduisant l’empreinte environnementale du secteur.
Une ligne pilote pour recycler les aimants et renforcer l’industrie
Cette ligne pilote marque une première étape décisive dans la volonté de la France de recycler les aimants. Elle repose sur un procédé dit de « boucle courte » : les terres rares métalliques sont directement réintroduites dans de nouveaux aimants, sans passer par un cycle complet de séparation chimique. Selon Orano, cette approche permet d’optimiser la valorisation de matériaux critiques en réduisant les pertes et en limitant l’impact environnemental.
Dès 2026, le dispositif devrait livrer ses premiers résultats industriels. Le CEA a précisé que les essais techniques et la validation du procédé se poursuivront jusqu’à cette échéance. L’équipe de trente personnes qui pilote la ligne travaille déjà à la montée en capacité. La production visée s’élève à environ 4 tonnes d’aimants recyclés par an.
Une réponse à la dépendance européenne en terres rares
La dépendance de l’Europe aux terres rares, majoritairement extraites et raffinées en Chine, est au cœur de l’initiative. Les terres rares, essentielles aux technologies bas carbone, sont devenues un enjeu géopolitique. Comme l’a rappelé le directeur de projet Benoît Richebé dans Le Dauphiné, « la nouvelle ligne pilote d’une capacité de 4 tonnes/an a été soutenue pour répondre à l’urgence de sécuriser l’approvisionnement ».
Pour Orano, il s’agit d’un levier stratégique. « Le projet Aimants et terres rares s’inscrit dans la stratégie d’Orano de diversification de ses activités […] contribuer à la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement des métaux critiques ainsi qu’à l’autonomie stratégique de l’Europe », a déclaré Guillaume Dureau, directeur des activités Innovation et Projets, dans le communiqué officiel du groupe. Cet objectif rejoint la feuille de route de la Commission européenne, qui considère les aimants comme des composants critiques pour la transition énergétique.
Une ambition soutenue par l’État et l’Europe
L’initiative bénéficie d’un appui financier et politique solide. La ligne pilote est en effet soutenue par le plan France Relance et par le programme Horizon Europe. Cette mobilisation traduit la reconnaissance du caractère stratégique de l’aimant pour la réindustrialisation et la transition énergétique. Comme l’a souligné Philippe Stohr, directeur de l’énergie au CEA, « la mise en place de cette ligne pilote […] s’inscrit pleinement dans la mission du CEA d’innovation au service de la réindustrialisation et de la souveraineté ».
Les ambitions affichées vont au-delà du seul pilote. L’objectif est d’intégrer jusqu’à 25 % de matière recyclée dans les aimants produits, selon La Tribune. Le projet s’insère également dans les dynamiques européennes, en lien avec les consortiums Magellan et Magnolia, qui fédèrent des partenaires industriels et scientifiques autour du recyclage des métaux critiques.








