Recrutement saisonniers : un casse-tête pour les employeurs

Chaque été, les entreprises françaises se heurtent à un défi récurrent mais de plus en plus aigu : recruter des saisonniers en nombre suffisant. Entre pénurie de candidats, lourdeur administrative et contexte économique incertain, le recrutement saisonnier s’impose désormais comme un véritable casse-tête pour de nombreux employeurs.

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Recrutement saisonniers : un casse-tête pour les employeurs © RSE Magazine

À l’approche de la saison estivale, les besoins en saisonniers explosent dans des secteurs clés comme le tourisme, l’agriculture ou le commerce. Pourtant, les entreprises peinent à attirer et recruter ces profils indispensables à leur activité. Selon une enquête nationale menée par Staff & Go auprès de 3 075 entreprises, le phénomène s’aggrave et révèle des tensions structurelles sur le marché de l’emploi saisonnier.

Des saisonniers difficiles à recruter pour les entreprises

Le constat est sans appel. Près d’une entreprise sur deux n’a pas réussi à pourvoir l’ensemble de ses postes saisonniers pour l’été. Plus précisément, 47 % des employeurs déclarent ne pas avoir atteint leurs objectifs de recrutement, selon l’étude Staff & Go. Ce chiffre illustre un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande de travail temporaire.

Dans le détail, les besoins restent pourtant massifs. Les cinq principaux secteurs concernés — hébergement-restauration, agriculture, commerce de détail, industrie agroalimentaire et transport — concentrent à eux seuls environ 467 600 recrutements saisonniers potentiels, selon les données issues de France Travail. Une dépendance structurelle à ces emplois temporaires que résume Fouad Sevimli, cofondateur de Staff & Go : « En France, un grand nombre de secteurs sont tributaires des emplois saisonniers ». 

Cependant, ces besoins concernent majoritairement de petits volumes. Ainsi, 41 % des entreprises recherchent moins de dix saisonniers, ce qui traduit une problématique diffuse touchant aussi bien les grandes structures que les TPE.

Un recrutement saisonnier freiné par un manque de candidats

Les employeurs évoquent un climat de tension croissante. Près de 49 % estiment qu’il est plus difficile aujourd’hui de trouver des saisonniers qu’auparavant, selon Staff & Go. Une perception qui s’inscrit dans un contexte économique et social incertain. En effet, 56 % des entreprises considèrent que le contexte politico-économique complique davantage le recrutement saisonnier. Inflation, incertitudes sur le pouvoir d’achat et évolution des attentes des travailleurs contribuent à rendre ces postes moins attractifs.

Par ailleurs, les entreprises continuent de s’appuyer sur des méthodes de recrutement traditionnelles. La réembauche d’anciens saisonniers reste le premier levier, mobilisé par 49 % des recruteurs, devant les candidatures spontanées (42 %) et le bouche-à-oreille local (38 %). Ce recours à des viviers déjà connus montre les limites des stratégies de recrutement plus larges, notamment numériques, encore peu efficaces dans certains territoires.

Une gestion administrative lourde qui freine le recrutement

Le recrutement de saisonniers ne se résume pas à trouver des candidats. Il implique aussi une charge administrative importante, souvent sous-estimée. Selon l’enquête, 67 % des recruteurs consacrent plus de 30 minutes à chaque embauche.

Dans les cas les plus intensifs, cette charge devient considérable. « À lui seul, le recrutement de 100 saisonniers peut représenter 125 heures d’administratif, soit plus de 3 semaines de travail à temps plein consacrées à des tâches non productives », explique Julie Ferras, gestionnaire RH chez Intersport. Une réalité qui pèse lourdement sur les équipes RH, notamment dans les petites structures.

Les risques d’erreurs administratives accentuent encore cette complexité. La rédaction des contrats est citée comme principale source de difficulté par 27 % des entreprises, suivie des formalités préalables à l’embauche (22 %). En parallèle, plus d’une entreprise sur deux (54 %) gère encore ces contraintes de manière manuelle, via Excel ou des outils internes, selon Staff & Go. Seules 29 % utilisent un logiciel RH dédié.

Les saisonniers mineurs et les contraintes du contrat saisonnier

Face à la pénurie de candidats, certaines entreprises envisagent de recruter des mineurs. Pourtant, cette solution reste largement sous-exploitée. Trois quarts des employeurs considèrent encore cette option comme complexe à mettre en œuvre. Les freins sont nombreux. 43 % des entreprises pointent les contraintes légales et administratives, 38 % évoquent l’incompatibilité des missions proposées, et 35 % des horaires inadaptés, selon Staff & Go. À cela s’ajoutent des exigences d’autonomie ou d’encadrement difficilement compatibles avec des profils jeunes.

Dans ce contexte, le contrat saisonnier lui-même pose question. Souvent perçu comme précaire, exigeant physiquement et peu valorisant, il peine à séduire de nouveaux candidats. « La difficulté ne se limite pas à attirer des candidats : il faut aussi absorber les flux, les documents, la conformité et le bon timing administratif », souligne Julie Ferras.

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