La liaison entre Pau et l’aéroport parisien d’Orly a récemment repris son service, attisant bien des discussions sur sa pertinence économique et écologique. Cette remise en service intervient après une interruption en octobre 2024, quand Air France avait fermé la liaison pour cause de non-rentabilité. Certains y voient une bouffée d’oxygène pour désenclaver Pau, tandis que d’autres pointent du doigt son coût environnemental, surtout alors que les politiques visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Un parcours économique et historique compliqué
La liaison Paris-Pau, exploitée par Air France depuis les années 1950, a toujours fait débat en termes de rentabilité. En 2024, la fermeture de la liaison Orly-Pau par Air France a mis en lumière les difficultés financières du secteur aérien. La ligne enregistrait une perte annuelle de plus de 3 millions d’euros, avec seulement environ soixante passagers par jour. La crise du Covid-19 et les restrictions gouvernementales sur les vols courts ont accentué cette situation.
Autre fait notable : le gisement de gaz de Lacq, qui fut un pilier économique régional, a subi de plein fouet la fermeture en 2013 de l’usine de conversion gérée par le groupe Total, plongeant ainsi l’économie locale dans une impasse qui rendait d’autant plus pressante une connexion rapide avec Paris.
Pressions politiques et défis financiers
François Bayrou, maire de Pau et Premier ministre, s’est fortement investi pour remettre sur pied cet itinéraire. Il y voyait le signe d’une modernisation indispensable pour éviter l’enclavement de la région. Il a fait pression sur Air France pour que la liaison redémarre avant le Salon de l’agriculture du 22 février, un rendez-vous marquant pour la région.
De son côté, Air France se débat avec des difficultés financières. Le coût pour maintenir cette ligne est estimé à 130 millions d’euros. Le groupe se plaint d’une rentabilité très faible, d’autant plus que la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) devait initialement grimper à 9,50 euros avant d’être ramenée à 7,30 euros suite à de longues négociations avec l’État français (qui détient 28 % du capital d’Air France).
Alternatives et commentaires écologiques
Alors que François Bayrou défend avec force la réouverture en affirmant qu’elle est « indispensable » pour la région, des voix s’élèvent pour lui déconseiller ce choix. Vincent Lucchese, du média « Reporterre », juge cette attitude démodée face aux défis climatiques actuels. L’aviation serait responsable d’environ 6 % du réchauffement planétaire, et alors qu’en 2024 la Terre a franchi la barre des 1,5°C de réchauffement, chaque geste compte vraiment.
D’autres solutions existent toutefois. Par exemple, le train relie Paris à Pau en quatre heures trente, et Volotea propose des vols entre Tarbes-Lourdes-Pyrénées et Orly. D’ailleurs, l’aéroport Tarbes-Lourdes-Pyrénées se trouve à seulement 30 km de Pau, offrant ainsi une alternative intéressante, même si elle reste encore peu utilisée.
Réactions en demi-teinte
Les avis sont partagés au sein même des responsables. Michel Barnier s’est exprimé par écrit en faveur de la réouverture, alors qu’un cadre d’Air France critique vivement François Bayrou, le traitant d’ayant une vision « archaïque ». Un porte-parole d’Air France a, quant à lui, rappelé de manière sobre que « la compagnie ne prévoit pas de relancer des vols entre Pau et Orly », soulignant ainsi le scepticisme persistant sur la viabilité financière de ce projet.








