Un phénomène qui inquiète scientifiques et défenseurs de la nature : l’hybridation de salamandres géantes qui met en danger des écosystèmes rares. Originaire de Chine, la salamandre géante de Chine du Sud (Andrias sligoi) — dont certaines lignées remontent à 170 millions d’années — a fait son apparition au Japon et se croise désormais avec la salamandre géante du Japon (Andrias japonicus), explique Geo. La présence de cet amphibien préhistorique au Japon depuis les années 1970 suscite des préoccupations écologiques et génétiques.
Comment l’hybridation s’est installée
Dans les années 1970, des centaines d’Andrias sligoi ont été importées au Japon pour la consommation et l’aquariophilie. Ces animaux, connus pour atteindre 1,80 mètre, ont été relâchés dans la nature après une interdiction du commerce prononcée en 1973 par le gouvernement japonais. On a aussi soupçonné de nombreuses transactions illégales, avec des rumeurs parlant d’un stockage clandestin de plusieurs centaines de salamandres dans la préfecture d’Okayama.
Ces relâchers ont favorisé l’hybridation entre Andrias sligoi et Andrias japonicus. Les individus hybrides se sont multipliés et ont donné une descendance génétiquement complexe, mêlant des lignées sino-japonaises. En 2024, une étude menée à Kyôto a analysé 68 échantillons et a révélé une augmentation de la population hybride, posant un défi énorme aux programmes de conservation.
Espèces menacées : les défis pour la conservation
Les deux espèces figurent sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) : l’Andrias sligoi est classée « en danger critique », tandis que l’Andrias japonicus est « quasi menacée ». En Chine comme au Japon, leur survie a été fortement entamée par l’exploitation humaine pour la consommation et l’usage médical, qui a drastiquement réduit leurs effectifs. Samuel Turvey, de la Société zoologique de Londres, souligne que « la surexploitation de ces incroyables animaux pour la consommation humaine a eu un effet catastrophique sur leur nombre dans la nature ».
Les découvertes récentes sur la diversité génétique, issues d’analyses réalisées en 2024, laissent penser que le nombre d’espèces pourrait désormais atteindre neuf, ce qui complique la taxonomie et la mise en place de mesures juridiques de protection. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’analyses ADN pour distinguer correctement les espèces et guider les actions de protection.








