Orano : 4,8 millions d’euros pour effacer un scandale de corruption

Publié le
Lecture : 3 min
Orano : 4,8 millions d’euros pour effacer un scandale de corruption
Orano : 4,8 millions d’euros pour effacer un scandale de corruption | RSE Magazine


Le 9 décembre 2024, un épisode marquant dans l’histoire d’Orano (ex-Areva) a pris fin avec le paiement d’une amende de 4,8 millions d’euros dans le cadre d’une Convention judiciaire d’intérêt public (CJIP). Cet accord met un terme aux poursuites engagées pour des soupçons de corruption liés à ses activités minières en Mongolie. Revenons sur les tenants et aboutissants de cette affaire qui soulève de nombreuses questions sur les pratiques de gouvernance des multinationales et leurs implications dans des pays étrangers.

Une amende pour éteindre l’incendie

Entre 2013 et 2017, l’ex-Areva, fleuron du nucléaire français, s’est retrouvée au cœur d’une enquête pour des soupçons de corruption d’agents publics étrangers. L’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) a mis en lumière des versements d’un montant total de 1,275 million d’euros effectués par Eurotradia International, sous-traitant de l’entreprise, à un homme d’affaires mongol. Ce dernier aurait servi d’intermédiaire dans les négociations avec le gouvernement mongol.

Selon l’enquête, ces fonds ont été investis dans un projet immobilier en Mongolie, dont 80 % étaient détenus par un haut fonctionnaire impliqué dans l’attribution des licences minières d’Areva. Face à ces révélations, Orano a choisi de payer une amende pour solder l’affaire, tout en prenant des engagements de mise en conformité.

Des relations complexes avec la Mongolie

L’histoire entre Areva et la Mongolie est jalonnée de controverses. Depuis le début des années 2000, Areva s’est implantée dans ce pays riche en ressources naturelles, notamment en uranium, stratégique pour son activité nucléaire. À travers sa filiale Areva Mongol, l’entreprise a cherché à obtenir des licences minières pour exploiter les gisements de Dornogobi.

Cependant, ces relations n’ont pas toujours été harmonieuses. La Mongolie, soucieuse de protéger sa souveraineté et ses ressources, a imposé des conditions strictes. Les accusations de corruption ont exacerbé les tensions entre les deux parties, ternissant l’image d’Areva à l’international. En 2017, Orano, héritier des activités minières d’Areva, a tenté de redresser la barre en renforçant ses pratiques éthiques.

ÉvénementDateMontants et actions
Début de l’enquête (OCLCIFF)2015Lancement des investigations sur des soupçons de corruption.
Versements suspects à un intermédiaire2014-20171,275 million d’euros transférés à un homme d’affaires mongol.
Accord CJIP signé2 décembre 2024Orano accepte une amende de 4,8 millions d’euros.
Programme de mise en conformité2024-2027Budget de 1,5 million d’euros pour renforcer les procédures sous contrôle de l’AFA.

Une gouvernance sous pression

Le scandale a mis en lumière les failles de gouvernance d’Areva et les risques inhérents à l’externalisation des services. Eurotradia International, sous-traitant clé dans cette affaire, avait signé un contrat en 2010 pour obtenir les licences nécessaires auprès du gouvernement mongol. Cependant, l’enquête a démontré que les sommes versées n’avaient pas servi à cet objectif initial, mais avaient alimenté des intérêts privés.

Dans un effort pour tourner la page, Orano a adopté un discours centré sur la transparence. « Le respect de la réglementation est dans l’ADN d’Orano Mining », a déclaré Me Alexis Gublin, avocat de l’entreprise. Néanmoins, ce scandale laisse des traces indélébiles dans la réputation de l’ancien géant du nucléaire.

Quelles leçons pour le futur ?

Le cas Orano en Mongolie pose des questions fondamentales : les multinationales sont-elles prêtes à adopter des pratiques éthiques irréprochables dans des environnements où la corruption reste endémique ? Ce scandale rappelle également l’importance d’un contrôle renforcé sur les chaînes de sous-traitance et d’une vigilance accrue dans les relations avec les pouvoirs publics locaux.

En dépit du règlement financier, les défis restent immenses pour Orano, qui devra regagner la confiance de ses partenaires et des investisseurs. L’affaire souligne également le rôle central des institutions comme le Parquet national financier (PNF) et l’Agence française anticorruption (AFA) dans la lutte contre ces dérives.

Laisser un commentaire