Objectif -15 % d’émissions d’ici 2030 : les moulins français s’engagent

Ils transforment un produit millénaire, mais repensent leur avenir à la lumière du climat. Derrière la baguette quotidienne, une industrie discrète s’engage à réduire son empreinte carbone. La meunerie française, stratégique et pourtant peu connue, dévoile aujourd’hui une feuille de route ambitieuse.

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​L’agriculture à l’épreuve du choc climatique
Objectif -15 % d’émissions d’ici 2030 : les moulins français s’engagent © RSE Magazine

Le 24 juin 2025, à l’occasion de sa convention annuelle, l’Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF) a franchi un cap. Sous le mot d’ordre « vers un futur bas carbone », la filière meunière a officialisé sa stratégie de réduction de 15 % de ses émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Ce plan vise à répondre aux exigences de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) qui cible, pour la même échéance, une baisse de 28 %. L’enjeu touche à la fois à l’industrie, à l’agriculture… et à notre alimentation.

La meunerie : une industrie aux émissions contenues, mais pas neutres

La meunerie, pilier discret de la chaîne alimentaire, affiche aujourd’hui une empreinte carbone remarquablement faible. La farine française émet en moyenne 49 grammes équivalent CO₂ pour 100 grammes, soit l’un des meilleurs scores européens. Trois leviers expliquent cette performance : une électricité décarbonée, des procédés de transformation optimisés et un approvisionnement intégral en blé français.

Mais le tableau n’est pas exempt de zones d’ombre. Selon l’étude ACV menée par Acyvia pour l’ADEME et l’ANMF, 89 % de l’empreinte carbone d’un kilogramme de farine est imputable au blé tendre, en particulier à sa fertilisation azotée. En clair, pour réduire ses émissions, le secteur doit remonter à la source agricole.

Du champ au moulin : toute une filière à mobiliser

L’ANMF ne se contente pas de moderniser ses moulins. Elle agit en partenariat avec l’amont agricole : semenciers, agriculteurs, organismes stockeurs. L’objectif ? Réduire les apports azotés sans sacrifier ni les rendements ni la qualité protéique des blés. Des projets innovants comme REMOBLE (remobilisation de l’azote), CHN (pilotage intégral de la fertilisation) ou encore PHOSPHOBIO (fertilité biologique des sols) esquissent une nouvelle agriculture compatible avec les attentes environnementales.

La transformation elle aussi se réinvente. Le recours à des farines moins protéinées, à base de légumineuses ou d’autres cultures moins émettrices, impose des ajustements dans les recettes de pains et de produits transformés. Les boulangers et les industriels doivent s’adapter, parfois reconfigurer leurs chaînes de production. Une transition lente mais incontournable.

Nutrition et climat : des fronts qui convergent

Dans cette stratégie, l’alimentation devient un allié. Le pain, produit de base, peut se transformer en levier de santé publique et de durabilité. Intégrer des ingrédients comme les légumineuses permet non seulement d’enrichir les apports en fibres (objectif recommandé : 30 grammes/jour), mais aussi de limiter les cultures intensives. Une équation vertueuse que l’ANMF défend bec et ongles.

« La qualité nutritionnelle est une alliée de la décarbonation. Nos travaux répondent à un double objectif : proposer des produits sains et bons tout en construisant une filière durable et rentable, créatrice de valeur, d’emplois et d’attractivité. », détaille Jean-François Loiseau.

Valoriser l’effort climatique : un enjeu économique

L’équation financière reste le nœud de la mutation. « Dans nos métiers où les marges sont faibles, nos engagements vers des farines décarbonées doivent être rémunérés à leur juste valeur, de l’agriculteur jusqu’aux clients des meuniers. Le consommateur doit également prendre sa part. »

En clair : la décarbonation ne sera durable que si elle est économiquement viable. Cela suppose une valorisation effective des efforts de toute la chaîne, des aides pour les investissements, et une acceptation du prix réel de la farine bas carbone.

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