Face à l’urgence climatique, l’économie sociale et solidaire apparaît comme un levier incontournable dans les trajectoires envisagées par l’Agence de la transition écologique (ADEME) pour 2050. Entre sobriété, coopération territoriale et innovations collectives, l’ESS s’affirme comme un acteur clé de la transition socio-écologique.
Sobriété et coopération territoriale : deux scénarios qui parlent directement à l’ESS
Dans un document publié début septembre 2025, l’Agence de la transition écologique (ADEME) a réaffirmé l’importance de l’économie sociale et solidaire dans ses quatre scénarios prospectifs « Transition(s) 2050 ». Ces trajectoires dessinent des futurs possibles pour atteindre la neutralité carbone en France d’ici le milieu du siècle. Dans ce cadre, l’économie sociale et solidaire (ESS) se trouve au croisement des enjeux sociaux, économiques et environnementaux, renforçant son rôle structurant au sein des territoires.
L’ADEME a proposé quatre scénarios distincts pour guider la France vers la neutralité carbone. Selon Jean-Louis Bergey, chef de projet « Transition(s) 2050 » à l’ADEME, « deux font référence, sans la nommer, à l’ESS. L’un trace la voie d’une société de la sobriété… l’autre évoque l’importance des coopérations territoriales ». Ces deux scénarios reposent en effet sur des valeurs portées depuis longtemps par l’économie sociale et solidaire : solidarité, gouvernance partagée et proximité avec les habitants.
L’économie sociale et solidaire joue ici un rôle stratégique. Dans le scénario de sobriété, elle favorise de nouveaux modèles de consommation, plus responsables, en réorientant la production vers l’utilité sociale et écologique. Dans celui des coopérations territoriales, elle organise la mise en réseau des acteurs locaux et facilite la gouvernance partagée des ressources. Comme l’a rappelé Jérémie Almosni, directeur de l’ADEME Ile-de-France, « l’un d’entre eux (le scénario 2) place la coopération territoriale comme facteur clé de succès. Associations et entreprises de l’ESS sont bien au cœur de ce scénario ».
ESS France : des solutions concrètes pour les six grandes transitions identifiées
ESS France a récemment publié un livret visant à montrer comment les organisations de l’économie sociale et solidaire participent à chacune des six grandes transitions identifiées par l’ADEME : adaptation au changement climatique, bio-économie, aménagement des territoires, industrie, systèmes énergétiques et réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’objectif est clair : démontrer que les principes de l’ESS trouvent une application directe et mesurable dans des secteurs clés.
Ainsi, dans l’adaptation climatique, l’ESS contribue à la résilience en développant des circuits courts alimentaires et en favorisant la gestion collective des ressources naturelles. Dans l’industrie, les coopératives et associations développent des modèles circulaires, privilégiant la réparation, le réemploi et le recyclage. Dans les systèmes énergétiques, les projets citoyens de production d’énergie renouvelable illustrent la capacité de l’ESS à mobiliser les habitants autour d’objectifs concrets. Ce modèle inclusif contribue déjà à l’atteinte de la neutralité carbone : les initiatives citoyennes d’énergies renouvelables visent à représenter 15% de la puissance installée en France d’ici 2030.
Au-delà des chiffres, c’est une culture du partage et de la gouvernance démocratique qui distingue l’économie sociale et solidaire des autres acteurs économiques. Elle place l’intérêt collectif au-dessus de la logique purement capitalistique et permet de construire des trajectoires compatibles avec les limites planétaires.
Une redéfinition de l’économie pour 2050 : l’ESS comme colonne vertébrale
L’économie sociale et solidaire ne se limite pas à une addition d’initiatives locales ; elle constitue une véritable colonne vertébrale pour les scénarios de l’ADEME. En effet, l’ESS regroupe des coopératives, mutuelles, associations et fondations dont l’objectif est de concilier activité économique et équité sociale. Selon la définition récente, « l’économie sociale et solidaire (ESS) est la branche de l’économie regroupant les entreprises et les organisations (…) qui cherchent à concilier activité économique et équité sociale ».
Cette approche est d’autant plus nécessaire que les scénarios de l’ADEME ne sont pas seulement techniques. Ils impliquent des transformations sociales profondes : nouvelles manières d’habiter, de se déplacer, de produire, de consommer. L’ESS, en tant que champ structuré et reconnu, offre un cadre organisationnel où l’innovation sociale, la gouvernance démocratique et l’ancrage territorial peuvent se conjuguer avec efficacité. Ce rôle pivot permet à l’économie sociale et solidaire d’incarner un modèle crédible pour aligner équité et durabilité, au moment où l’urgence climatique impose des choix collectifs radicaux.








