Le tribunal administratif de Marseille a tranché : l’État et les propriétaires privés sont contraints d’assumer leurs responsabilités face à la pollution historique des Calanques. Ce verdict, qui impose une dépollution avant 2028, est emblématique des enjeux de gouvernance environnementale et de responsabilité sociétale, dans un contexte où le patrimoine naturel est au cœur des préoccupations.
Les Calanques de Marseille : un héritage industriel oublié
Pendant plus d’un siècle, les Calanques ont servi de zone d’accueil pour des industries chimiques et métallurgiques. Ces activités, porteuses de croissance à l’époque, ont laissé des sols et des eaux gravement contaminés par des résidus de plomb, d’arsenic et d’autres substances toxiques. Ces pollutions, longtemps ignorées, continuent de menacer la biodiversité et la santé des riverains. Le site de la Madrague de Montredon, ancien bastion de l’usine Legré-Mante, est emblématique de cet héritage toxique. Depuis sa fermeture en 2009, peu d’actions concrètes avaient été entreprises pour sécuriser les terrains, malgré les alertes répétées de la société civile.
La décision judiciaire tombée le 17 décembre 2024 contraint l’État à coordonner un plan ambitieux de dépollution sur 29 hectares de zones contaminées. Ce chantier inclura des mesures de confinement ou d’évacuation des déchets, tout en respectant les contraintes réglementaires liées au Parc national des Calanques et au réseau Natura 2000.
Une mobilisation collective pour sauver les Calanques
La victoire judiciaire est le fruit d’une mobilisation collective, menée par des associations environnementales et des habitants engagés. Depuis les années 2000, ces acteurs ont documenté les risques pour la santé publique et plaidé pour une gestion transparente de ces pollutions. Si la justice a reconnu les carences de l’État, elle n’a cependant pas accordé d’indemnités aux riverains, renforçant leur sentiment d’injustice face aux impacts sanitaires subis.
Cependant, la mise en œuvre de ces travaux risque d’être semée d’embûches. L’enveloppe initiale de 14 millions d’euros pourrait s’avérer insuffisante, et la méthode privilégiée – encapsulation des polluants sous des matériaux stabilisants – est critiquée pour son manque de durabilité.
Pour les entreprises, ce jugement est un rappel de l’importance d’intégrer les enjeux environnementaux et sociétaux dans leur stratégie. Il invite à dépasser la simple conformité réglementaire pour adopter des approches proactives, tournées vers la durabilité et le respect des écosystèmes.








