Le 9 octobre 2025, la société TELT (Tunnel Euralpin Lyon-Turin), maître d’ouvrage binational du mégaprojet ferroviaire, a inauguré la station de traitement des matériaux d’Illaz. Cet équipement marque une étape majeure : pour la première fois, le recyclage des roches issues du percement d’un tunnel devient une composante centrale du chantier. L’objectif est clair : réduire l’empreinte carbone, limiter les transports routiers et réemployer les matériaux du site dans la construction même de l’ouvrage.
Une station de recyclage industrielle au service du tunnel
Inaugurée début octobre 2025, la station de recyclage d’Illaz, intégrée au chantier opérationnel CO11, illustre la montée en puissance du réemploi dans les grands travaux. Elle traitera 23 millions de tonnes de matériaux excavés issus de la partie française du tunnel de base. Selon TELT, « les roches extraites du tunnel deviennent une ressource première pour l’ouvrage entier ».
Dotée de deux lignes de production de 250 tonnes par heure chacune, la station peut atteindre un débit total de 500 t/h, pour une puissance installée de 4 000 kW — l’équivalent de la consommation électrique d’un village de 1 200 habitants, précise Le Dauphiné Libéré. Entièrement automatisée et pilotée à distance, elle repose sur plus de 5 kilomètres de convoyeurs reliant les zones d’excavation aux plateformes de traitement.
Les matériaux sont triés, lavés, calibrés puis revalorisés : les granulats les plus fins serviront à la fabrication du béton projeté, les blocs plus massifs à la réalisation des remblais et soutènements. La part non réutilisable — estimée à moins de 40 % — sera stockée de manière contrôlée sur le site des Resses à Villargondran. Ce dispositif permet d’éviter plus de 700 000 trajets de camions et de réduire les émissions de CO₂ de 75 % par rapport à une logistique routière classique, explique Savoie News.
Recyclage et circularité : la nouvelle équation du chantier
Sur ce chantier, la performance environnementale se mesure en tonnes de matériaux réutilisés. TELT vise au moins 50 % de réemploi in situ : le béton et les remblais produits à partir des roches extraites seront directement intégrés aux structures du tunnel et aux ouvrages annexes. Les 50 % restants serviront à des aménagements paysagers dans la vallée.
Le défi est aussi géologique : la diversité des roches – gneiss, schistes, calcaires – impose un tri précis et un suivi continu de la qualité. Les contrôles environnementaux sont quotidiens : TELT affirme qu’« aucune trace de pollution n’a été détectée à ce jour » dans les eaux de ruissellement du site. Les fragments contenant de l’amiante sont confinés et isolés dans des poches étanches, évitant toute dispersion.
L’opération s’inscrit dans le contrat MATEX, confié à un groupement mené par Vinci Construction, Vicat, Eurovia et Spie Batignolles, d’un montant global de 800 millions d’euros. L’ensemble représente trois stations permanentes, huit plateformes logistiques, 15 km de convoyeurs et une liaison ferroviaire dédiée. Près de 300 opérateurs travailleront spécifiquement à la gestion du recyclage sur la phase de pointe.








