Le scrubbing : cette nouvelle pollution intoxique la Méditerranée

Chaque année, 300 millions de tonnes d’eau toxique sont déversées dans nos mers par des épurateurs maritimes.

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Le scrubbing : cette nouvelle pollution intoxique la Méditerranée
Le scrubbing : cette nouvelle pollution intoxique la Méditerranée © RSE Magazine

Depuis 2020, une règle internationale oblige les navires à réduire leurs émissions d’oxyde de soufre, un gaz qui contribue à la pollution de l’air. Cette mesure, issue de la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (OMI), a fait passer la teneur maximale de l’oxyde de soufre dans le fioul marin de 3,5 % à 0,5 %. Pour continuer à utiliser le fioul lourd, le combustible le moins cher du marché, les compagnies maritimes ont opté pour des technologies comme les épurateurs (souvent appelés « scrubbers »). Mais cette solution n’est pas sans soulever quelques interrogations sur ses effets pour l’environnement.

Le fonctionnement et les effets sur l’environnement des scrubbers

Les épurateurs utilisent de l’eau de mer pour laver les gaz d’échappement des navires. En faisant cela, ils ne détruisent pas la pollution, ils la transfèrent de l’air vers l’eau. Le résultat, c’est une eau contaminée rejetée sous forme de boue dans l’océan. Pour un gros bateau, ce déversement peut atteindre jusqu’à 6 000 tonnes d’eau toxique par heure. Cette boue contient des métaux lourds comme le zinc, le vanadium et le fer, ainsi que des hydrocarbures aromatiques polycycliques, contribuant aux déchets marins.

Par ailleurs, les rejets d’eau posent problème pour la faune et la flore marines, contribuant à la pollution marine. En effet, l’eau rejetée est chauffée entre 35 et 60°C, alors que la mer se situe normalement entre 5° et 28°C (cette différence de température perturbe les organismes marins). Les microalgues, le phytoplancton et les moules bleues (ces derniers étant indispensables à la biodiversité marine) en pâtissent.

Des études récentes en témoignent

Plusieurs études ont mis en lumière l’ampleur du problème. Ifremer, par exemple, a analysé les rejets de onze ferries de la compagnie Corsica Linea et a constaté une pollution marquée des écosystèmes marins. Environ 300 millions de tonnes d’eau de lavage sont déversées chaque année dans les ports du monde, dont près de 75 millions de tonnes rien qu’en Méditerranée. De plus, une étude menée en 2023 par le consortium Emerge a pointé les effets négatifs sur l’acidification et l’eutrophisation des eaux.

En France, même si l’utilisation des épurateurs est théoriquement interdite près des côtes depuis 2022, Corsica Linea bénéficie d’une dérogation qui lui permet de rejeter ses eaux contaminées entre Marseille et Ajaccio jusqu’au 1er janvier 2026, pour des raisons économiques.

Différentes réactions face au sujet

Les avis sur le sujet sont bien partagés. Chris Millman, vice-président de Carnival Corporation, affirme que « il n’y a absolument aucun effet sur la vie marine ». À l’inverse, Sébastien Barles, adjoint au maire de Marseille, qualifie cette pratique d’aberrante et milite pour une interdiction totale des épurateurs en Méditerranée. De son côté, Stéphan Rousseau propose d’étendre la zone d’interdiction à 22,2 km des côtes.

Les chercheurs, quant à eux, se heurtent à certaines difficultés pour approfondir leurs recherches sur le sujet. En effet, obtenir les autorisations pour monter à bord des navires reste compliqué, ce qui limite la possibilité d’étudier de près les effets des scrubbers.

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