Après une année marquée par des tensions politiques, des reculs réglementaires et un discours public plus prudent, l’investissement responsable se redéfinit autour de critères plus pragmatiques, sans abandonner ses ambitions environnementales et sociales, peut-on lire dane le rapport de fin d’année de Morningstar Sustainalytics.
L’investissement responsable se recentre sur la valeur et la crédibilité ESG
L’investissement responsable entre dans une phase de recalibrage profond, après une année 2025 difficile. D’une part, les flux vers les fonds ESG ont marqué le pas, et d’autre part, la pression politique exercée contre certaines approches ESG a obligé les acteurs à revoir leurs narratifs, peut-on lire dans le rapport de fin d’année de Morningstar Sustainalytics. Toutefois, malgré ces vents contraires, les encours restent élevés, atteignant 3.700 milliards de dollars à l’échelle mondiale à fin septembre 2025. Ce chiffre souligne la résilience structurelle de l’investissement responsable, même lorsque le contexte devient plus exigeant.
Par ailleurs, l’investissement responsable évolue désormais vers une logique de démonstration de performance et de matérialité financière. Selon Hortense Bioy, responsable de la recherche en investissement durable chez Morningstar Sustainalytics, la priorité est désormais de prouver la valeur tangible des critères ESG et leur capacité à soutenir l’innovation. Cette évolution se traduit par un recentrage sur des thématiques perçues comme stratégiques, notamment la transition énergétique, la sécurité des approvisionnements et la résilience économique, plutôt que sur des approches perçues comme normatives ou idéologiques.
Investissement responsable : le cadre réglementaire s’assouplit en Europe
L’investissement responsable doit également composer avec un environnement réglementaire en pleine recomposition. En Europe, les régulateurs poursuivent un objectif de simplification, avec la révision de la SFDR et l’Omnibus I, afin de réduire les risques de greenwashing et d’améliorer la lisibilité pour les investisseurs. Les analystes de Morningstar Sustainalytics estiment que cette évolution pourrait réduire le nombre de fonds labellisés durables, mais renforcer la crédibilité globale du marché. À l’échelle mondiale, 36 juridictions ont déjà adopté ou prévoient d’adopter les normes ISSB, ce qui confirme une convergence vers des cadres de reporting communs, privilégiant l’information financière utile plutôt que la multiplication des taxonomies.
Dans ce contexte, la transition énergétique demeure un pilier central de l’investissement responsable, mais son approche évolue. Si la réduction des émissions reste prioritaire, les investisseurs accordent désormais une attention accrue aux risques physiques liés au changement climatique. Selon Morningstar Sustainalytics, les pertes économiques mondiales dues aux catastrophes naturelles ont atteint 162 milliards de dollars au premier semestre 2025, illustrant l’urgence d’investir dans l’adaptation et la résilience. Cette dynamique renforce l’attrait pour les infrastructures énergétiques, les renouvelables et les solutions de sécurisation des réseaux, perçues comme des leviers à la fois climatiques et économiques.
L’investissement responsable élargit son champ à la biodiversité, à l’intelligence artificielle et aux nouveaux usages
Au-delà du climat, l’investissement responsable élargit progressivement son périmètre à des enjeux jusqu’ici secondaires, mais désormais jugés critiques. La biodiversité s’impose comme un nouveau front d’analyse ESG, malgré un cadre réglementaire encore hétérogène. Morningstar Sustainalytics rappelle que les populations animales ont chuté de 73% depuis 1970, ce qui place la perte de biodiversité parmi les risques systémiques majeurs de la décennie. Face à cette réalité, les investisseurs institutionnels intensifient leurs démarches d’intégration des risques liés à la biodiversité, en attendant une amélioration progressive de la qualité des données et des cadres de reporting.
En même temps, on ne peut pas nier que l’intelligence artificielle devient un sujet central pour l’investissement responsable, tant pour ses opportunités que pour ses risques. Morningstar Sustainalytics anticipe un triplement de la demande électrique des data centers aux États-Unis d’ici 2030, ce qui pose des questions majeures en matière de consommation énergétique, d’eau et de crédibilité climatique. De plus, les risques de cybersécurité, de désinformation et d’impact social sur l’emploi renforcent la nécessité d’une gouvernance robuste de l’intelligence artificielle. Pour les investisseurs responsables, l’enjeu n’est plus seulement d’accompagner l’innovation technologique, mais de s’assurer qu’elle s’inscrit dans une trajectoire durable et socialement acceptable.








