Au cœur de la Provence, la montagne Sainte-Victoire, toute proche d’Aix-en-Provence, abrite un des plus impressionnants trésors paléontologiques au monde. Ce site, surnommé par les spécialistes « Eggs-en-Provence », est un vrai paradis pour les chercheurs et les passionnés de dinosaures. Depuis 1994, il bénéficie du statut de Réserve Naturelle Nationale et offre ainsi une fenêtre sur les écosystèmes anciens.
Un site vraiment hors du commun
La montagne se prolonge dans une zone qui s’étend de l’actuelle Espagne au Massif central et propose un décor typique de la garrigue provençale. Dans un petit vallon perdu des Bouches-du-Rhône, se trouve le plus grand gisement d’œufs de dinosaures au monde. Thierry Tortosa, paléontologue et conservateur de la réserve, explique d’ailleurs : « Ce site n’a pas d’équivalent, il suffit de se baisser pour trouver des restes de coquilles. On marche littéralement sur des œufs ! »
Les fouilles ont mis à jour environ 1 000 œufs sur moins d’un hectare. On estime qu’il y aurait un œuf par mètre carré, ce qui veut dire que l’on pourrait compter des milliers, voire des millions d’œufs cachés sous terre.
Un patrimoine de découvertes paléontologiques
Les recherches à Sainte-Victoire ne se limitent pas aux œufs. Les paléontologues ont aussi déterré plus de 1 000 ossements, dont par exemple un petit fémur marqué « 38 » et un tibia-péroné indiqué « 52 », chacun mesurant 30 cm. Ces vestiges pourraient provenir d’espèces comme le Rhabdodon ou le Titanosaure.
Ce qui rend le site d’autant plus intéressant, c’est qu’il permet de reconstituer le paysage du Crétacé et d’étudier l’impact de l’évolution terrestre sur ces écosystèmes.
Se prémunir contre les dangers d’aujourd’hui
Même si le site est protégé par son statut de réserve naturelle nationale depuis 1994 et couvre aujourd’hui 280 hectares, il faut rester vigilant face aux dangers. Des pillages ont été enregistrés dès 1846, année où Philippe Matheron fit la découverte du premier œuf de dinosaure au monde à Rognac. Bien que l’accès au public soit interdit pour préserver ce patrimoine inestimable, des efforts illégaux persistent.
Pour renforcer la protection, un projet d’extension est en cours afin de doubler la superficie d’ici 2026. Comme le souligne Séverine Berton, technicienne en fouilles paléontologiques : « Il y a toujours un côté magique… Ici, on n’aura jamais terminé de notre vivant car à chaque fois qu’on vient, on sait qu’on va en trouver. »
Une équipe passionnée sur le terrain
Chaque année, une équipe de six experts, venant notamment du département des Bouches-du-Rhône et du Muséum d’Histoire Naturelle d’Aix-en-Provence, se consacre entièrement aux recherches sur ce site. Leur boulot ? Étudier ces vestiges tout en respectant le paysage naturel.
Thierry Tortosa rappelle que, tant qu’aucun embryon n’a été dégagé de ces œufs ronds, l’origine exacte des œufs restera incertaine. Mais comme il aime le dire : « Il ne faut jamais dire jamais… »








