En 1979, des mineurs d’or en Alaska ont fait une trouvaille qui a captivé tant les scientifiques que le grand public : un bison préhistorique parfaitement conservé dans la glace, qu’on a surnommé Blue Babe. Ce spécimen, déterré dans la boue gelée avec l’aide d’un tuyau hydraulique, révèle des détails surprenants sur notre passé lointain et offre même une expérience gustative inédite à ceux qui ont osé goûter à sa viande.
Une trouvaille hors du commun
Blue Babe est un spécimen exceptionnel de Bison des steppes (Bison priscus) découvert en Alaska. C’est le seul bison du Pléistocène issu du pergélisol que l’on connaisse à ce jour. D’abord daté à 36 000 ans, son âge a été réévalué à plus de 50 000 ans grâce aux récentes analyses du Center for Applied Isotope Studies. Son surnom, « Blue Babe », vient de la teinte bleutée de sa peau, due à la vivianite (un minéral évoquant le fameux bœuf légendaire de Paul Bunyan).
Le bison était remarquablement bien conservé, avec des tissus musculaires comparables à du bœuf séché. Des marques de dents et de griffes sur son cou montrent qu’il avait été attaqué par un lion américain, ancêtre du Panthera leo. Les conditions hivernales extrêmes ayant permis une préservation rapide et impressionnante, tout comme le réchauffement climatique impacte aujourd’hui la conservation des fossiles.
Plongée dans l’étude et un festin pas comme les autres
L’analyse de Blue Babe a été pilotée par le paléontologue Dale Guthrie, qui, avec son équipe, a associé études de conservation et observations paléontologiques pour mieux percer les secrets de ce mastodonte d’antan. En parallèle, un dîner insolite a été organisé pour explorer les sensations culinaires que peut offrir cette découverte.
Le 6 avril 1984, Dale Guthrie a reçu des invités chez lui en Alaska pour fêter le travail autour de Blue Babe. Par ordre de passage figuraient, entre autres :
- Eirik Granqvist, taxidermiste
- Björn Kurtén, conférencier invité
Le plat principal était un ragoût de cou de bison préparé avec soin, agrémenté d’oignons, d’ail, de pommes de terre, de carottes et de diverses épices pour sublimer la saveur. Même si la viande, bien que vieillie et un brin ferme, offrait un arôme puissant rappelant le Pléistocène, elle n’en a pas moins fasciné les convives.
Conservation exemplaire et dégustation inoubliable
Une congélation rapide des tissus musculaires du cou a permis de conserver admirablement le bison. Une fois décongelé, il dégageait une odeur bien marquée de bœuf, relevée d’un soupçon d’odeur terreuse et fongique, dû au sol où il avait reposé pendant des millénaires. Malheureusement, le contenu abdominal avait pourri avant la congélation initiale.
Les convives n’ont signalé aucun malaise après avoir dégusté la viande, et la plupart ont trouvé le goût surprenant et mémorable. Ce dîner n’a pas seulement été une expérience culinaire digne de mention, il a aussi ouvert une réflexion sur nos liens avec notre passé.
Penser à notre histoire collective
L’aventure Blue Babe nous conduit à réfléchir sur notre relation avec des êtres disparus et sur notre histoire commune. Mary Lee Guthrie a d’ailleurs exprimé : « Un moment d’émotion partagée et de lien inédit avec l’histoire humaine » (Science et Vie). Savourer une viande provenant d’un animal vieux de plusieurs millénaires brouille les frontières entre le vivant et le défunt, tout en posant la question de la mémoire collective.








