Le 10 septembre 2025, lors d’un événement à Paris organisé par l’OCDE, Paul Atkins, président de la SEC, a vivement critiqué deux directives européennes majeures liées aux obligations ESG : la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) et la Corporate Sustainability Due Diligence Directive (CSDDD). Ces textes imposent aux entreprises des obligations de transparence et de diligence en matière d’environnement, de droits humains et de gouvernance. Mais selon le régulateur américain, ces normes pourraient freiner l’activité économique et faire peser un coût significatif sur les investisseurs.
La SEC s’oppose à la gouvernance prescriptive des normes ESG
Les tensions entre Bruxelles et Washington sur les questions ESG se sont cristallisées avec la prise de parole de Paul Atkins, qui voit dans les exigences européennes un risque de dérive bureaucratique. Le président de la SEC a ainsi déclaré : « J’ai des préoccupations significatives quant au caractère prescriptif de ces lois et aux fardeaux qu’elles font peser sur les entreprises américaines, dont les coûts pourraient être répercutés sur les investisseurs et les consommateurs américains », cité par Reuters.
Ces critiques visent spécifiquement la CSDDD, qui impose aux multinationales un devoir de vigilance sur toute leur chaîne d’approvisionnement. Cela inclut la prévention du travail forcé et des atteintes environnementales, mais aussi des mécanismes de sanction en cas de non-conformité. Si le principe séduit sur le papier, les modalités d’application inquiètent fortement les acteurs financiers américains, notamment ceux cotés sur les marchés transatlantiques.
La SEC estime que ces règles pourraient détourner les entreprises de leur mission première : créer de la valeur pour les actionnaires. Selon l’analyse de l’Institut Ksapa, ces obligations pourraient ralentir l’accès au marché européen de certaines firmes américaines et provoquer une reconfiguration des circuits financiers internationaux.
Risques économiques et flou réglementaire : la double inquiétude d’Atkins
Outre l’effet de coût, le régulateur américain pointe l’absence de standardisation des normes ESG européennes, ce qui, selon lui, crée un flou juridique difficilement compatible avec la prévisibilité nécessaire aux investisseurs internationaux. Dans sa déclaration, Paul Atkins appelle ainsi l’Union européenne à « réduire les obligations de reporting des entreprises plutôt que de poursuivre des objectifs non liés au succès économique des entreprises ou de leurs actionnaires ».
Il critique en particulier la CSRD, qui impose aux entreprises de publier des informations détaillées sur leur impact environnemental, social et de gouvernance, y compris sur des périmètres extra-financiers souvent jugés subjectifs ou difficilement vérifiables. Si la directive a été amendée pour alléger certaines obligations, notamment à la demande de plusieurs États membres, les entreprises américaines qui opèrent en Europe restent soumises à ces exigences, ce qui pose un problème de souveraineté réglementaire, selon la SEC.
Dans un article publié par AEFInfo, des experts financiers estiment que « la durabilité menace l’utilisation des normes IFRS sur le territoire américain ». Le Financial Times rapporte quant à lui une inquiétude croissante des gestionnaires d’actifs, contraints de redéployer leurs outils de conformité à marche forcée, au détriment de leur performance opérationnelle.
Une fracture transatlantique sur l’ESG qui pourrait s’élargir
L’intervention de Paul Atkins est révélatrice d’un clivage idéologique profond entre l’approche européenne de la régulation ESG et la vision américaine plus axée sur la liberté d’entreprendre. Là où Bruxelles cherche à encadrer fermement les responsabilités extra-financières des entreprises, Washington défend une approche fondée sur la souplesse et la compétitivité.
Ce débat n’est pas nouveau, mais il prend une tournure plus conflictuelle dans un contexte de recomposition géopolitique, où les marchés du capital deviennent un levier d’influence stratégique. Certains analystes évoquent même un risque de fragmentation réglementaire globale, si les normes ESG continuent d’évoluer sans coordination transatlantique.
En somme, l’opposition frontale de la SEC face aux directives européennes souligne l’absence d’harmonisation internationale sur les enjeux ESG. Pour Paul Atkins, il ne s’agit pas de nier l’importance des considérations environnementales ou sociales, mais de rappeler que toute régulation efficace doit rester économiquement soutenable. Une position qui, à l’heure actuelle, trouve un écho certain dans plusieurs places boursières hors Europe.








