Réinventer la transmission patrimoniale : quand éthique, solidarité et ISR redéfinissent l’épargne des Français.
Auteure : Nathaëlle Dorval
Le mot « patrimoine » n’évoque plus seulement une réserve d’argent pour ses vieux jours. Il questionne. Ce qu’on lègue, à qui, pourquoi, avec quelles conséquences… Et face au triste constat de notre société actuelle où les crises écologiques s’enchaînent, où les repères économiques vacillent, l’épargne devient un miroir à la fois intime et politique.
Car chercher du rendement, c’est une chose. Mais donner un sens à son argent ? C’est autre chose. Et c’est exactement ce que beaucoup de Français interrogent aujourd’hui.
Du legs au partage vivant : reconfigurer la transmission
Transmettre, ce n’est plus seulement « ce qu’on laisse », c’est aussi quand et comment on le fait. À mesure que la vie s’allonge, que les familles se redessinent et que les incertitudes économiques s’ancrent, un mouvement s’opère : donner de son vivant plutôt que d’attendre.
Une enquête récente de l’Observatoire Asac-Fapes/Ifop le confirme : plus d’un Français sur deux préfère aujourd’hui l’assurance-vie à tout autre support pour transmettre. Un choix qui ne doit rien au hasard : souple, adaptable, parfois plus lisible qu’un testament, ce contrat devient un outil d’accompagnement, plus qu’un simple instrument de succession.
Financer autrement : l’éthique au cœur des placements
C’est une tendance de fond : les épargnants veulent du sens. Et ce sens, ils le trouvent de plus en plus dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR), la finance solidaire ou l’épargne de partage. Derrière ces termes, une même promesse : concilier rendement raisonnable et utilité collective.
Derrière les placements « verts » ou « éthiques », il y a plus que des promesses marketing : il y a des résultats concrets. Reloger des familles, financer l’agriculture bio, électrifier des villages avec du renouvelable. Ce n’est pas une utopie, c’est ce que permettent les fonds solidaires, dont l’encours a dépassé les 20 milliards d’euros en France, selon Fair.
Cette finance d’impact, encore minoritaire, attire. Parce qu’elle transforme. Et certains acteurs s’y engagent franchement : c’est le cas du cabinet de gestion de patrimoine, Perlib, qui propose des contrats d’assurance-vie intégrant des fonds ISR ou labellisés solidaires. Une manière de faire rimer gestion patrimoniale et engagement citoyen, sans renoncer à la performance.
La Loi Pacte est venue renforcer ce mouvement en imposant l’inclusion de fonds ISR ou solidaires dans les contrats d’assurance-vie multisupports. La transparence devient centrale : les labels (ISR, Finansol, Greenfin) encadrent, mais les épargnants attendent plus. Ils veulent savoir où va leur argent, dans quels secteurs, avec quels effets. Ils veulent pouvoir dire : « J’investis dans ce que je crois ».
D’un patrimoine à rentabiliser à un héritage à incarner
Ce basculement ne concerne pas uniquement les produits. Il touche à la finalité même de l’épargne. Il ne s’agit plus seulement d’optimiser ou de sécuriser, mais de participer, soutenir, contribuer.
Transmettre un capital, oui. Mais transmettre aussi une vision du monde, une cohérence entre ses convictions et ses placements. Cette éthique patrimoniale prend plusieurs visages : assurance-vie ISR, PER engagé, fonds d’investissement solidaires, parts sociales dans des entreprises de l’économie sociale et solidaire. Des solutions aujourd’hui accessibles, variées, encadrées, et qui rencontrent un écho croissant.
Il devient urgent de repenser la place de la finance dans notre société : non plus comme une mécanique cloisonnée ou purement spéculative, mais comme un levier actif de transformation sociale. Cela implique de changer de regard sur l’épargne : moins comme un capital à mettre à l’abri, que comme une ressource à mettre en mouvement.
Une transformation encore balbutiante… mais décisive
Certes, ces placements ne représentent encore qu’une petite fraction du patrimoine financier des Français : à peine 0,36 %. Mais la progression est nette, et les jeunes générations sont les premières à franchir le pas. L’enjeu, désormais, est d’élargir l’accès : simplifier les dispositifs, renforcer la transparence, former les conseillers, structurer une offre claire et cohérente.
C’est aussi un enjeu d’infrastructure : les produits éthiques doivent être intégrés de manière fluide dans les parcours classiques, assurance-vie, PER, épargne salariale. L’éthique ne doit plus être une option marginale, mais un critère parmi d’autres. Elle ne doit pas se réduire à un argument marketing : sans engagement réel ni transparence, les labels et promesses éthiques perdent tout leur sens, et avec eux, la confiance des épargnants.
Vers une épargne incarnée
L’épargne patrimoniale est à la croisée des chemins. Elle peut rester un simple mécanisme de conservation ou devenir un moteur de cohésion, de transmission, d’innovation sociale. Ce choix ne dépend pas que des institutions. Il dépend aussi de nous, citoyens-épargnants, décideurs de proximité, porteurs de convictions.
Donner du sens à son argent, ce n’est pas renoncer à la performance. C’est admettre que la rentabilité ne vaut que si elle est durable. Que la valeur n’est pas que monétaire. Et que la richesse d’un patrimoine se mesure aussi à ce qu’il permet, à ce qu’il soutient, à ce qu’il construit.








