En Alaska, la fonte du sol libère des formes de vie qu’on croyait disparues depuis 40 000 ans

Des bactéries endormies depuis 40 000 ans viennent de se réveiller en Alaska, provoquant des inquiétudes sur leur rôle potentiel dans le réchauffement climatique.

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En Alaska, la fonte du sol libère des formes de vie qu’on croyait disparues depuis 40 000 ans
En Alaska, la fonte du sol libère des formes de vie qu’on croyait disparues depuis 40 000 ans © RSE Magazine

Des chercheurs viennent de déterrer une trouvaille étonnante en Alaska, qui pourrait bien modifier notre lecture du réchauffement. Dans le Permafrost Tunnel Research Facility, installé sous le sol gelé du centre de l’État, des scientifiques ont constaté que certaines bactéries étaient restées au repos pendant des dizaines de milliers d’années. Ces minuscules organismes, une fois réveillés, peuvent générer des gaz à effet de serre en présence de températures plus élevées, ce qui fait naître des inquiétudes quant à leur influence sur le réchauffement planétaire.

Une aventure dans le pergélisol alaskien

L’équipe menée par Tristan Caro, géologue à l’Université du Colorado Boulder, a mené l’exploration d’un tunnel vieux de 40 000 ans. Ce site recèle des fragments de glace qui renferment non seulement des microbes endormis, mais aussi des restes de mammouths et de bisons, semblables à un cimetière préhistorique. Le pergélisol, cette couche de sol gelé qui s’étend sur près d’un quart de l’hémisphère Nord, se retrouve dans des régions comme le Canada, le Groenland, la Sibérie, le Tibet, les Andes en Patagonie et la Nouvelle-Zélande. Ces sols renferment ainsi des traces précieuses de vie ancienne.

Pour étudier ces microbes, les chercheurs ont prélevé des échantillons de pergélisol qu’ils ont réchauffés à des températures allant de 4 à 12 °C (39 à 53 °F), imitant les températures estivales à venir en Alaska dans le cadre du réchauffement. Ils ont même utilisé une eau « spéciale », un peu plus dense que d’habitude, pour vérifier l’activité microbienne.

Résultats étonnants et inquiétudes sur le climat

Les résultats sont frappants : au début, les bactéries se divisaient très lentement – environ une division sur cent mille par jour. Mais après six mois d’observation, l’activité microbienne a explosé, avec l’apparition visible de biofilms. À ce moment-là, les microbes commençaient à consommer le carbone stocké depuis l’âge glaciaire, rejetant du dioxyde de carbone et du méthane dans l’atmosphère.

Même si ces microbes réveillés ne représentent pas un danger d’infection immédiat pour l’humain, leur capacité à produire des gaz à effet de serre pourrait accélérer le réchauffement de la planète. Ainsi, le pergélisol risquerait de devenir une source importante de carbone atmosphérique si les épisodes de chaleur estivale se prolongent.

Un défi mondial face au réchauffement

Tristan Caro souligne un paradoxe pour le moins déconcertant : « Vous pourriez avoir une journée chaude en été en Alaska, mais ce qui compte vraiment, c’est l’allongement de la saison estivale, quand ces températures élevées se prolongent jusque tard en automne et tôt au printemps. » Ce n’est donc pas tant un pic de chaleur qui réveille ces microbes que la durée prolongée des périodes chaudes. Un été qui s’étire suffit à perturber les couches profondes du sol gelé et à déclencher une production importante de gaz.

L’étude rappelle aussi que nous n’avons exploré qu’une toute petite partie du monde gelé : « Il y a tellement de pergélisol dans le monde – en Alaska, en Sibérie, et dans d’autres régions froides du nord. Nous n’avons échantillonné qu’une toute petite tranche de cela », explique Caro. La perspective que d’autres formes de vie, emprisonnées dans la glace, se réveillent représente un défi majeur pour notre lecture du climat.

Les mécanismes qui ont permis à ces organismes anciens de survivre dans la glace pourraient désormais remettre en cause notre équilibre climatique actuel, influencé par les cycles glaciaires. D’après Wionews, les chercheurs redoutent que d’anciennes bactéries ou virus géants ne refassent surface à mesure que le permafrost continue de fondre.

Cette recherche, publiée dans le Journal of Geophysical Research Biogeosciences, continue d’enrichir notre vision du pergélisol et des risques qu’il fait peser sur le climat, notamment en raison de la fonte de glace.

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