Le 7 avril 2026, la DGCCRF a mis en cause plusieurs enseignes majeures, dont Carrefour, E.Leclerc, Lidl et Aldi, pour des pratiques commerciales trompeuses liées à l’origine et au prix des fruits et légumes. Au-delà du cadre juridique, cette affaire soulève une question centrale pour la RSE : la sincérité de l’information délivrée au consommateur, pilier de la confiance et de la consommation responsable.
Pratiques commerciales trompeuses : un enjeu de transparence au cœur de la RSE
Les faits sont désormais bien documentés : les contrôles menés par la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) entre 2024 et 2025 ont révélé des défauts dans l’information donnée aux consommateurs par les enseignes de la grande distribution. L’origine des produits est parfois difficile à identifier, voire volontairement floue.
Certaines enseignes ont recours à des mentions multiples ou à des indications placées hors du champ visuel principal. D’autres utilisent des caractères réduits ou des renvois en bas de page, rendant l’information peu accessible. Selon l’administration, ces pratiques sont susceptibles « d’altérer le consentement du consommateur » .
Dans une perspective RSE, cette situation dépasse la simple conformité réglementaire. La transparence sur l’origine est un engagement clé en matière de consommation responsable, notamment vis-à-vis des circuits courts, de l’empreinte carbone et du soutien aux filières agricoles locales.
Origine des produits : un levier stratégique pour la consommation responsable
L’origine des fruits et légumes n’est plus un détail. Elle constitue un critère de choix déterminant pour une part croissante de consommateurs. Les enquêtes montrent que les pratiques relevées brouillent cette information stratégique. Les catalogues et publicités peuvent évoquer plusieurs provenances sans précision claire, créant un flou qui empêche une décision éclairée.
Cette confusion intervient dans un contexte où les pouvoirs publics ont renforcé les contrôles, notamment pour lutter contre la « francisation » abusive des produits alimentaires. L’enjeu est double : protéger les consommateurs, mais aussi garantir une concurrence loyale entre producteurs.
Des écarts de prix révélateurs d’une gouvernance perfectible
Au-delà de l’origine, les anomalies constatées sur les prix interrogent également la gouvernance des enseignes. Dans certains cas, les prix promotionnels affichés ne correspondent pas aux montants réellement payés en caisse. Ces écarts, relevés notamment chez Carrefour, traduisent des failles dans les processus internes de contrôle. Ils posent une question centrale en RSE : la cohérence entre la promesse commerciale et la réalité vécue par le client.
Les sanctions restent, pour l’instant, limitées à des injonctions ou à des amendes ponctuelles. Mais leur multiplication traduit une vigilance accrue des autorités, avec déjà 82 sanctions pour un total de plus de 16,8 millions d’euros en 2026.
Une crise de confiance qui redéfinit les attentes RSE du secteur
Cette affaire illustre une transformation profonde des attentes des consommateurs. La transparence n’est plus seulement un impératif légal, elle devient une exigence sociétale. Les pratiques commerciales trompeuses identifiées révèlent un décalage entre les discours marketing des enseignes — souvent axés sur la proximité et la qualité — et certaines réalités opérationnelles. Ce décalage constitue un risque réputationnel majeur.
En matière de RSE, les distributeurs sont désormais attendus sur des engagements concrets : lisibilité de l’information, traçabilité des produits, cohérence des prix. À défaut, la sanction ne sera pas uniquement réglementaire, mais aussi commerciale. D’autant plus que les consommateurs disposent aujourd’hui d’outils pour comparer, vérifier et contester. La confiance devient ainsi un actif stratégique, fragile, mais déterminant.








