Le 6 février 2023, le sud-est de la Turquie a été secoué par une série de tremblements de terre dévastateurs qui ont emporté la vie de plus de 55 000 personnes et fait 100 000 blessés. Ce drame a révélé les limites des dispositifs d’alerte sismique, en particulier celui mis au point par Google. Le programme Android Earthquake Alerts (AEA), censé avertir les utilisateurs de smartphones en cas de secousses imminentes, n’a pas réagi comme prévu lors de cette tragédie.
Un système d’alerte ambitieux mais qui cloche
Lancé en 2020, le dispositif Android Earthquake Alerts (AEA) est présenté par Google comme un « filet de sécurité mondial ». Il est désormais actif dans 98 États et figure dans 2,3 milliards de téléphones. À l’aide des capteurs intégrés aux smartphones, il détecte les vibrations et estime la force des séismes pour envoyer des alertes aux usagers.
Pourtant, lors des secousses en Turquie, le système a nettement sous-évalué la magnitude du premier tremblement de terre. Celle-ci avait été estimée initialement entre 4,5 et 4,9 sur l’échelle de magnitude du moment, alors que la réalité était bien différente avec une force de 7,8. Au final, seulement 469 alertes « Agir » ont été émises avant le premier tremblement à 4h17 (heure locale). Moins de 9 000 personnes ont reçu l’alerte « Take Action » tandis que quatre millions ont eu l’avertissement « Be Aware ». Par contraste, Google indique que le système aurait dû générer jusqu’à 10 millions d’alertes « Take Action » et 67 millions d’alertes « Be Aware ».
Réactions et retombées
Le rapport publié par Google le 17 juillet a confirmé les soupçons soulevés par l’enquête de la BBC sur les défaillances du dispositif. Les algorithmes en place se sont révélés mal adaptés à un séisme de cette envergure. Depuis, Google affirme avoir modifié ses algorithmes pour mieux gérer ce genre d’événement. Cela pose néanmoins la question de la fiabilité qu’on peut accorder aux technologies privées lors de situations critiques.
Des spécialistes, comme Elisabeth Reddy, professeure à l’université Colorado School of Mines, déplorent la réaction tardive de Google : « Je suis vraiment frustrée qu’il ait fallu attendre si longtemps », explique-t-elle. Harold Tobien du Pacific Northwest Seismic Network rappelle l’importance d’une totale transparence : « Il faut être franc sur le fonctionnement de ce système. Certains États pourraient supposer que, puisque Google s’en charge, ils n’ont rien à faire de plus. »
Le débat sur les technologies privées
Cet incident ravive aussi l’inquiétude de nombreux scientifiques, qui pointent du doigt la dépendance excessive des pays aux solutions développées par des entreprises privées comme Google. Même si ce type de dispositif est censé venir en complément des systèmes nationaux, il y a un risque que certains gouvernements laissent entièrement cette responsabilité aux géants du numérique.
Google insiste sur le fait que son outil complète les systèmes nationaux et qu’ils continuent de l’améliorer : « Nous continuons à améliorer le système en fonction de ce que nous apprenons à chaque tremblement de terre. » Toutefois, Elisabeth Reddy ne cache pas son mécontentement : « Des vies ont été fauchées et nous n’avons pas obtenu l’alerte attendue comme il se doit. »








