Datacenter : un risque émergent pour le bilan carbone des entreprises

La dépendance croissante à des services numériques fortement consommateurs d’énergie soulève une question centrale : quelle part du progrès numérique est réellement compatible avec les trajectoires bas carbone ?

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Le « free-cooling », la solution face à la chaleur des data centers
Datacenter : un risque émergent pour le bilan carbone des entreprises © RSE Magazine

Peu visibles mais omniprésents, les datacenters redéfinissent l’empreinte énergétique du monde numérique. Leur croissance accélérée, portée par l’intelligence artificielle et la transformation digitale, entraîne une hausse structurelle de la demande mondiale d’électricité. Pour les responsables RSE, cette évolution pose un défi immédiat : comment mesurer et maîtriser une externalité énergétique qui échappe encore à la plupart des périmètres d’analyse carbone ?

Consommation des datacenters : une trajectoire exponentielle

En 2024, la consommation électrique mondiale des datacenters a atteint 415 térawattheures (TWh), soit 1,5 % de la demande globale. C’est autant que l’ensemble de la consommation électrique annuelle d’un pays comme la France. Mais surtout, cette consommation suit une croissance de +12 % par an depuis 2017, bien supérieure à la moyenne mondiale. D’après les projections du rapport Omnegy (2025), cette dynamique pourrait porter la consommation des datacenters à plus de 900 TWh en 2030. À cet horizon, les datacenters absorberaient plus d’électricité que le Japon tout entier.

Malgré les ambitions climatiques mondiales, 58 % de l’électricité utilisée par les datacenters en 2024 provenait de sources fossiles, contre 42 % issues de technologies décarbonées (nucléaire, solaire, éolien). Ce ratio reflète fidèlement le mix énergétique global, sans réduction significative de l’intensité carbone dans le secteur du numérique. Cette réalité a des conséquences directes : l’essor du cloud et de l’IA, même s’ils sont hébergés dans des infrastructures modernes, reste largement adossé à une électricité carbonée.

Un angle mort dans le Scope 3

Pour satisfaire cette demande, des pays investissent massivement dans des capacités de production supplémentaires. Le rapport Omnegy cite le cas des États-Unis, où 200 nouvelles centrales à gaz sont prévues d’ici 2032 pour alimenter les nouveaux datacenters. Cette tendance s’observe également en Chine, qui a validé 66,7 GW de centrales à charbon rien qu’en 2024 dans la même perspective.

Si les émissions directes (Scope 1) et les consommations internes d’énergie (Scope 2) sont aujourd’hui bien encadrées, les datacenters relèvent souvent du Scope 3, c’est-à-dire des émissions indirectes liées à l’activité des fournisseurs. Or, les services cloud, les outils SaaS, les plateformes d’IA et les environnements de travail numériques — tous alimentés par des datacenters — sont rarement associés à une traçabilité carbone précise, faute de transparence des opérateurs et d’outils de mesure standardisés.

Pour les directions RSE, cela signifie qu’une part croissante des émissions liées aux usages numériques pourrait échapper au radar des bilans carbone, ou être fortement sous-évaluée. Cette opacité constitue un risque réputationnel, mais aussi réglementaire, à mesure que les normes de durabilité se durcissent.

De l’optimisation locale à la vulnérabilité systémique

La dépendance croissante à des services numériques fortement consommateurs d’énergie soulève une question centrale : quelle part du progrès numérique est réellement compatible avec les trajectoires bas carbone ? Certes, de nombreux opérateurs de datacenters s’engagent à améliorer leur efficacité énergétique. Le rapport Omnegy mentionne une cible ambitieuse de PUE (Power Usage Effectiveness) à 1,2 d’ici 2030. Mais aujourd’hui, la majorité des datacenters mondiaux affiche un PUE entre 1,5 et 1,7, preuve que l’optimisation reste limitée.

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