Dans l’un des lieux les plus humides au monde, des villageois construisent des ponts vivants depuis 500 ans : les ingénieurs n’en reviennent pas

Saviez-vous que les ponts racinaires du Meghalaya, construits à partir de racines de figuier, peuvent vivre plus de 700 ans ?

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Dans l'un des lieux les plus humides au monde, des villageois construisent des ponts vivants depuis 500 ans : les ingénieurs n'en reviennent pas
Dans l’un des lieux les plus humides au monde, des villageois construisent des ponts vivants depuis 500 ans : les ingénieurs n’en reviennent pas © RSE Magazine

Dans le nord-est de l’Inde, l’État de Meghalaya se distingue par ses paysages très verts et son climat exceptionnellement humide. Le district des East Khasi Hills, sur le plateau de Shillong, offre des panoramas impressionnants : en partant des plaines du Bangladesh, l’altitude passe de moins de 19,8 mètres à presque 1 524 mètres en à peine 9,66 kilomètres. Cette topographie fait office de barrière naturelle et contribue à faire de la région l’une des plus humides au monde. Au cœur de ces collines se trouve Sohra, aussi appelée Cherrapunji, une ville connue pour détenir plusieurs records de pluviométrie selon le Guinness World Records.

Un climat extrême et ce que ça entraîne

Les moussons, qui atteignent généralement leur apogée en juin et juillet, transforment le paysage en véritables torrents, provoquant crues éclair et glissements de terrain. Ces phénomènes ont des répercussions marquées sur les infrastructures locales : ponts racinaires, sentiers et habitations sont souvent touchés. Les habitants, cependant, se sont adaptés à ces conditions grâce à des techniques de construction traditionnelles bien ancrées.

Le Ficus elastica à l’œuvre : une ingéniosité naturelle

C’est ici qu’apparaissent les célèbres ponts racinaires vivants, ou Jingkieng jri, fabriqués à partir des racines aériennes du Ficus elastica, rapporte le National Geographic. Dans le village de Nongriat, le Double Decker living root bridge est un exemple emblématique : cette structure, vieille d’environ 200 ans, possède deux plates-formes distinctes. Ces ponts servent de voies de communication sur un terrain escarpé et aident à prévenir l’érosion en retenant les sols.

La construction commence par la plantation de Ficus elastica, dont les racines, d’abord souples, se lignifient au fil du temps. Les racines sont guidées à l’aide de troncs d’Areca catechu et d’échafaudages en bambou pour atteindre l’autre rive. Par la technique de l’inosculation, les racines s’entrecroisent et forment des structures solides et durables, parfois âgées de plus de 700 ans.

Préservation culturelle et tourisme : entre bénéfices et risques

Les Khasi et Jaintia, communautés autochtones du Meghalaya, entretiennent et valorisent ces ouvrages, qu’ils considèrent comme un « héritage des ancêtres » et « un cadeau pour nos enfants et ceux qui viendront après nous », d’après le guide local Wengstone Rangjem. La transmission de ces savoirs s’accompagne de pratiques culturelles, comme la vénération des Khlaw Kyntang, ces bosquets sacrés où la nature est protégée.

Depuis 2022, les ponts racinaires figurent sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui a amplifié leur visibilité. La fréquentation touristique a doublé sur dix ans, transformant des villages comme Nongriat, jusque-là centrés sur l’agriculture, en destinations recherchées avec une offre d’hébergements communautaires plus diversifiée. Ce développement apporte des avantages pour les habitants, mais entraîne aussi des risques de surfréquentation et de dégradation des sites si la gestion n’est pas adaptée.

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