La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) va radicalement changer la manière dont les entreprises doivent rendre compte de leur impact environnemental, social et de gouvernance (ESG). Son objectif est clair : renforcer la transparence et l’harmonisation des pratiques de reporting extra-financier. Mais derrière cette ambition, les entreprises doivent faire face à un défi de taille.
Pour mieux comprendre leurs attentes et leurs préoccupations, une consultation nationale a été organisée en février 2025 par makesense, avec le soutien de 24 experts RSE. Cette enquête a permis de recueillir l’avis de 294 dirigeants et cadres d’entreprises françaises, principalement responsables de la préparation à la CSRD.
Qui sont les entreprises concernées par l’enquête ?
La répartition des répondants montre une forte représentation des PME et ETI non cotées, qui devront se conformer à la CSRD en 2026 :
- 79 % des répondants sont des PME et ETI non cotées, concernées par la deuxième vague d’application en 2026.
- 10 % représentent des grandes entreprises cotées, qui publieront dès 2025.
- 10 % sont des entreprises volontaires qui appliquent la CSRD sans obligation réglementaire.
- 1 % sont des PME cotées, concernées par l’obligation en 2027.
Cette diversité de profils permet d’obtenir une vision globale des attentes des entreprises françaises face à la directive.
Un état des lieux contrasté : entre préparation et retard
Si une majorité des entreprises interrogées ont amorcé leur mise en conformité, leur degré d’avancement est variable. 67 % des répondants ont déjà initié l’analyse de double matérialité, un élément clé de la CSRD qui oblige à évaluer à la fois l’impact des entreprises sur leur environnement et l’impact des enjeux ESG sur leur performance financière.
Toutefois, 15 % des entreprises déclarent ne pas avoir encore commencé leur préparation, un chiffre qui monte à 43 % parmi les entreprises volontaires. Cette différence de maturité est particulièrement marquée selon le type d’organisation. Sans surprise, es grandes entreprises cotées semblent mieux préparées : 80 % d’entre elles se déclarent prêtes ou quasiment prêtes, 57 % ont déjà finalisé leur premier rapport de durabilité sur les données 2024, 37 % sont prêtes à publier ce rapport.
En revanche, du côté des PME et ETI non cotées, qui représentent la majorité des répondants, la situation est plus complexe : 75 % ont lancé leur analyse de double matérialité, mais seules 12 % s’estiment prêtes, 32 % ont réalisé un inventaire des données à reporter, 29 % ont sélectionné leur auditeur de durabilité, seuls 2 % ont finalisé leur premier rapport de durabilité.
Un accueil globalement positif pour la CSRD
L’un des enseignements majeurs de cette consultation est que 80 % des entreprises interrogées se déclarent satisfaites de la CSRD. Toutefois, cette satisfaction est nuancée par un besoin de simplification et de soutien accru.
- 13 % des répondants considèrent que la directive ne doit pas être modifiée et qu’elle apporte un cadre structurant bénéfique.
- 67 % sont globalement satisfaits mais demandent des ajustements pour la rendre plus accessible et opérationnelle.
- 15 % sont insatisfaits et réclament des modifications profondes.
- 1 % souhaitent la suppression pure et simple de la directive.
Cette tendance se retrouve quelle que soit la taille des entreprises. Chez les PME et ETI non cotées, 79 % des répondants expriment une satisfaction globale, même si des besoins de simplification restent prégnants.
Les principales attentes des entreprises : simplification et accompagnement
L’enquête met en évidence une série de demandes claires pour faciliter la mise en conformité des entreprises.
Un besoin urgent d’accompagnement et de clarté
La première demande concerne un soutien renforcé pour permettre aux entreprises d’adopter la CSRD de manière plus fluide. 72 % des répondants souhaitent la mise en place de guides et de normes sectorielles, qui permettraient de mieux comprendre les attentes et de simplifier l’application des exigences.
Dans la même logique, 52 % des entreprises demandent la création d’un guichet unique. L’idée serait que la publication du rapport de durabilité puisse exonérer l’entreprise d’autres obligations, comme le bilan GES de l’ADEME.
Enfin, 45 % réclament des subventions pour couvrir les coûts liés à la mise en conformité, sur le modèle du programme « Diag Décarbonation ».
Une simplification du reporting jugée nécessaire
Si la CSRD est globalement perçue comme une avancée, les entreprises estiment que les exigences actuelles sont trop lourdes. Plusieurs axes d’amélioration sont ainsi proposés :
- 52 % des répondants souhaitent un allègement du nombre d’indicateurs obligatoires au sein des ESRS (European Sustainability Reporting Standards).
- 48 % demandent une réduction des règles d’audit pour les premières années, afin de laisser le temps aux entreprises de se structurer.
- 48 % estiment que les indicateurs narratifs et semi-narratifs devraient être réduits au profit de données chiffrées et comparables, plus simples à exploiter et à contrôler.
Des modifications ciblées mais pas de remise en cause fondamentale
Contrairement à certaines inquiétudes initiales, la majorité des entreprises ne souhaite pas supprimer la CSRD ni remettre en cause le principe de double matérialité. Toutefois, quelques ajustements pourraient être envisagés pour assouplir le dispositif :
- 18 % des répondants proposent de rendre obligatoires uniquement les ESRS E1, S1 et G1 pour le premier rapport.
- 14 % suggèrent de limiter le périmètre obligatoire aux effectifs du pays principal pour l’indicateur S1.
- 11 % demandent un report d’un an pour l’obligation de publication.
- 9 % souhaiteraient que les entreprises de moins de 750 salariés soient exemptées de la directive.
Enfin, 28 % des répondants demandent une accélération de l’application de la CSRD aux entreprises non européennes. Aujourd’hui prévue pour 2029, cette obligation pourrait être avancée à 2026 ou 2027 afin de garantir des conditions de concurrence équitables avec les entreprises européennes.








