Face au ralentissement persistant des émissions de gaz à effet de serre, Agir pour l’environnement passe à l’offensive juridique. L’ONG a déposé un recours gracieux auprès du Premier ministre pour contraindre l’État à respecter ses engagements climatiques. En toile de fond, les derniers chiffres confirment que la France est désormais loin de sa trajectoire officielle de réduction.
Un recours gracieux pour contraindre l’État sur les émissions de gaz à effet de serre
Le 8 décembre 2025, à l’occasion de la Journée mondiale du climat, l’association Agir pour l’environnement a officiellement enclenché une procédure contre l’exécutif. Par ce recours gracieux, l’association exige un sursaut immédiat sur les émissions de gaz à effet de serre, alors que la France s’est engagée à les réduire de 55% d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2050. Cette action juridique place directement le Premier ministre devant ses responsabilités.
Le recours gracieux est une démarche juridique préalable, non contentieuse, qui permet de demander à l’administration de revoir une décision ou une inaction avant toute procédure devant un tribunal. En l’occurrence, Agir pour l’environnement accorde à l’exécutif un délai de deux mois pour rectifier sa trajectoire sur les émissions de gaz à effet de serre. L’objectif est clair : pousser l’État à agir sans attendre une nouvelle condamnation. Par ailleurs, si aucune mesure n’est prise dans ce délai, l’association saisira le Conseil d’État.
Cette initiative est portée par Corinne Lepage, avocate de l’organisation, ancienne ministre de l’Environnement et figure reconnue du droit de l’environnement depuis plusieurs décennies. Déjà engagée dans de nombreux contentieux climatiques, Corinne Lepage relance ici la pression sur l’exécutif. De plus, elle exige que le gouvernement prenne « toute mesure utile » pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre produites sur le territoire national, conformément aux obligations climatiques françaises.

Objectifs climatiques : les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites rapidement selon Corinne Lepage
Sur le papier, les objectifs sont clairs. La France s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. À plus long terme, la neutralité carbone est fixée pour 2050. Or, à ce stade, l’écart se creuse dangereusement entre les engagements et la réalité mesurée. En effet, selon les dernières données officielles compilées dans l’édition 2025 des Chiffres clés du climat du ministère de la Transition écologique, les émissions de gaz à effet de serre françaises atteignaient encore 369,2 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024, hors puits de carbone.
Cependant, la baisse observée reste trop lente. En 2024, la diminution n’a été que de 1,8% par rapport à 2023, selon ces mêmes données du ministère. Plus préoccupant encore, la prévision pour 2025 n’annonce qu’un recul de 0,8% seulement. Or, pour tenir l’objectif de 2030, les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser bien plus rapidement chaque année. Le Haut Conseil pour le Climat est formel : « Pour atteindre la cible 2030, le rythme de réduction des émissions brutes totales doit doubler par rapport à celui observé en 2024 ».
Les émissions de gaz à effet de serre décrochent de la trajectoire et alarment les experts
Sur la période longue, les progrès existent mais restent insuffisants. Entre 1990 et 2024, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 32 en France, selon les Chiffres clés du climat 2025 du ministère de la Transition écologique. Cependant, ce chiffre, souvent mis en avant politiquement, masque une rupture préoccupante depuis deux ans. En pratique, le ralentissement du rythme de baisse rend désormais l’objectif de −55% très incertain à l’horizon 2030, ce que confirment également les analyses du Haut Conseil pour le Climat.
En parallèle, l’empreinte carbone des Français demeure élevée. En 2024, chaque habitant émettait encore en moyenne 8,2 tonnes équivalent CO₂, selon le Commissariat général au développement durable, cité par Notre-Environnement en octobre 2025. Même si cette empreinte baisse légèrement, elle reste incompatible avec les objectifs climatiques à moyen terme. Et surtout, malgré le recul progressif des émissions de gaz à effet de serre, la planète continue de se réchauffer. Ainsi, réduire plus vite devient désormais une urgence climatique absolue.
Agir pour l’environnement dénonce l’inaction politique sur les émissions de gaz à effet de serre
Dans son communiqué du 8 décembre 2025, Agir pour l’environnement dresse un constat sévère. L’association estime que le budget carbone français est aujourd’hui sacrifié au contexte politique. Selon elle, les engagements internationaux sont désormais relégués au second plan, au détriment de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. L’ONG rappelle d’ailleurs que l’État a déjà été condamné à plusieurs reprises pour insuffisance de son action climatique, sans qu’un véritable changement de cap ne soit engagé.
Le ton se durcit également dans les prises de parole publiques. « Les renoncements ne peuvent tenir lieu de politiques climatiques et la nécessité climatique doit enfin faire loi », fair valoir Agir pour l’environnement par communiqué. Cette phrase vise directement les arbitrages récents de l’exécutif, jugés incompatibles avec l’urgence climatique. Pour Corinne Lepage, cette situation justifie pleinement le recours gracieux, présenté comme un ultime avertissement avant une nouvelle bataille judiciaire pour contraindre l’État à réduire concrètement les émissions de gaz à effet de serre.








