Le thé est la deuxième boisson la plus consommée au monde. Pourtant, derrière chaque tasse de thé, la réalité sociale et environnementale demeure opaque. Avec son premier Baromètre du Thé « Teste ton thé », Commerce Équitable France ausculte les engagements des marques et met au défi la traçabilité, la rémunération des travailleurs et la durabilité du secteur.
Un baromètre du thé pour évaluer critères, traçabilité et engagements
Commerce Équitable France a publié son tout premier Baromètre du Thé intitulé « Teste ton thé ». Ce document analyse les engagements sociaux, environnementaux et de traçabilité de 14 marques présentes sur le marché français du thé. Or, selon l’organisation, le thé représente un marché dominé par quelques multinationales, tandis que les critères de durabilité restent encore inégalement appliqués. Dès lors, ce baromètre vise à objectiver les engagements, à comparer les marques et à renforcer la transparence.
Pour élaborer ce Baromètre du Thé, Commerce Équitable France a procédé à une analyse croisée des documents publics, des rapports RSE, des bases de données sectorielles, ainsi que des réponses aux questionnaires adressés aux entreprises. Sur les 14 marques évaluées, 7 ont répondu au questionnaire et 6 ont participé à des entretiens bilatéraux. Ainsi, le baromètre du thé s’appuie sur des éléments vérifiables afin d’évaluer les critères de traçabilité, les engagements en matière de durabilité et la politique de rémunération des travailleurs.
Les résultats mettent en lumière des écarts marqués. Les multinationales comme Lipton ou Twinings représentent au moins 60% du marché français du thé, cependant leurs volumes réellement engagés dans des filières responsables restent limités. Par ailleurs, les marques premium affichent des engagements parfois visibles mais, néanmoins, insuffisamment documentés en matière de traçabilité complète. À l’inverse, certaines entreprises spécialisées dans le bio ou le commerce équitable, telles que Les Jardins de Gaïa, Clipper ou Pukka, présentent des dispositifs plus structurés et des engagements consolidés.
Le thé face aux enjeux de durabilité et de rémunération des travailleurs
Le thé est consommé massivement. Chaque jour, plus de 3 milliards de tasses de thé sont bues dans le monde. Toutefois, derrière cette volumétrie impressionnante, les enjeux sociaux restent majeurs. La filière thé repose en grande partie sur des travailleurs situés dans des pays producteurs d’Asie ou d’Afrique, où la question de la rémunération décente demeure centrale. Or, selon le Baromètre du Thé, toutes les marques ne publient pas d’informations détaillées sur la part de leur approvisionnement certifié équitable ni sur les mécanismes garantissant des prix stables aux producteurs.
En France, la consommation moyenne atteint environ 250 grammes de thé par personne et par an. Cependant, cette consommation relativement modérée par rapport à d’autres pays européens ne réduit pas l’impact RSE du secteur. Au contraire, le baromètre du thé montre que la traçabilité complète des feuilles, du champ à la tasse, n’est pas systématique. Par conséquent, Commerce Équitable France appelle à renforcer les critères d’évaluation, à harmoniser les engagements et à améliorer la transparence des marques, notamment dans les segments émergents comme le bubble tea, où les engagements apparaissent encore embryonnaires.
Des marques de thé inégalement engagées
D’une part, le Baromètre du Thé distingue clairement les typologies d’entreprises. Les grandes multinationales, qui dominent le marché du thé, disposent souvent de politiques RSE au niveau mondial. Toutefois, les preuves tangibles concernant les volumes réellement certifiés et les dispositifs de rémunération des travailleurs restent limitées. En revanche, des acteurs historiquement ancrés dans le commerce équitable, comme Artisans du Monde ou les entreprises liées au label promu par Max Havelaar France, s’inscrivent davantage dans une logique de traçabilité intégrale et d’engagement contractuel auprès des producteurs.
D’autre part, le Baromètre du Thé entend jouer un rôle d’aiguillon sectoriel. Selon Commerce Équitable France, l’objectif consiste à rendre les pratiques comparables, à valoriser les marques vertueuses et, surtout, à inciter l’ensemble du marché du thé à progresser. En effet, dans un contexte où la réglementation européenne sur le devoir de vigilance et la lutte contre la déforestation se renforce, les critères RSE deviennent d’autant plus importants pour la compétitivité des entreprises. Ainsi, le thé, produit quotidien et banal en apparence, se révèle être un terrain stratégique pour la durabilité, la traçabilité et la rémunération équitable des travailleurs.








