Territoire agricole et maritime par excellence, la Bretagne transforme ses ressources en leviers industriels durables. En structurant une filière ambitieuse de chimie verte, la région valorise ses biomasses, réduit ses déchets et attire des entreprises pionnières, tout en renforçant son engagement environnemental.
Chimie verte et biomasses marines : algues et coquillages au cœur de l’innovation
Le 18 novembre 2025, à l’occasion de la première édition de Connect’Biomasses organisée par Biotech Santé Bretagne, la Région Bretagne a confirmé l’accélération stratégique de la chimie verte sur son territoire. En mobilisant biomasses agricoles, marines et industrielles, la Bretagne structure désormais une filière complète, au service de la transition écologique et d’une croissance industrielle bas carbone.
Dans le Finistère, la valorisation des algues illustre la mutation profonde de la chimie verte bretonne. L’entreprise Algaia transforme les algues brunes issues du littoral en biostimulants pour l’agriculture et en alginates utilisés comme gélifiants et texturants pour les industries alimentaire, pharmaceutique et cosmétique. Cette chimie verte fondée sur les algues permet ainsi de substituer des molécules pétrochimiques par des solutions issues de biomasses renouvelables. En outre, l’entreprise s’inscrit dans une logique de valorisation complète de la biomasse, puisque les coproduits restants sont destinés à l’alimentation animale, à la fertilisation ou encore à la fabrication de biomatériaux. Ce modèle industriel, fondé sur la circularité, limite fortement les déchets et réduit l’empreinte carbone des intrants agricoles, tout en soutenant une agriculture plus sobre.
La chimie verte issue des coquillages s’impose également comme un pilier de cette dynamique. La start-up bretonne Algo Paint a développé des peintures extérieures biosourcées à partir de coquilles de moules et de coquilles de Saint-Jacques, utilisées comme pigments minéraux naturels. Chaque année, plus de 60.000 tonnes de coquilles de Saint-Jacques sont débarquées en baie de Saint-Brieuc, un volume jusqu’ici largement sous-exploité. En réutilisant cette biomasse marine, l’entreprise réduit l’extraction de ressources minérales classiques et diminue l’usage de composants issus de la pétrochimie. Ce positionnement RSE s’accompagne d’un impact environnemental mesurable, en limitant l’enfouissement des déchets coquilliers et en développant une industrie locale à faible intensité carbone.
Chimie verte et biomasse industrielle : transformer les déchets en matériaux durables
La transformation des déchets issus de la mytiliculture constitue un autre levier structurant de la chimie verte régionale. L’entreprise Bysco valorise le byssus, ces filaments naturels servant à l’ancrage des moules, pour produire des isolants thermiques biosourcés sous forme de rouleaux et de panneaux légers. À l’échelle nationale, le gisement de byssus valorisable est estimé à environ 4.500 tonnes par an. Cette biomasse, autrefois considérée comme un simple déchet, devient ainsi une ressource stratégique pour le bâtiment durable. Grâce à cette innovation, les matériaux isolants issus de la chimie verte remplacent progressivement des solutions conventionnelles à forte empreinte carbone, notamment la laine minérale ou les isolants synthétiques.
Ce modèle industriel apporte également une réponse concrète aux enjeux de responsabilité sociétale. En réinjectant un déchet marin dans une filière de construction durable, Bysco contribue à réduire la pollution littorale, tout en créant de la valeur localement. L’entreprise inscrit son développement dans une logique d’économie circulaire territoriale, limitant les transports, réduisant les volumes de déchets enfouis et participant à la décarbonation du secteur du BTP, l’un des plus émetteurs de gaz à effet de serre.
Autre acteur structurant de la chimie verte bretonne, SurfactGreen, issue des travaux de l’École nationale supérieure de chimie de Rennes, développe des tensioactifs d’origine végétale à partir de biomasse de betterave et de colza. Ces molécules remplacent progressivement des agents de surface issus du pétrole, pour des usages dans la cosmétique, la détergence ou encore les bitumes routiers. L’entreprise détient aujourd’hui une quinzaine de brevets internationaux dans le domaine des tensioactifs biosourcés, confirmant la maturité industrielle de cette chimie verte du végétal.
Cette stratégie d’innovation s’accompagne d’investissements lourds. SurfactGreen a engagé récemment un plan d’investissement de 10 millions d’euros afin d’accélérer l’industrialisation de ses procédés et d’augmenter ses capacités de production. Cet engagement financier renforce la souveraineté industrielle régionale tout en consolidant un modèle fondé sur la réduction de la dépendance aux ressources fossiles. En développant des produits biodégradables et performants, l’entreprise s’inscrit pleinement dans une démarche RSE structurée, conciliant compétitivité, performance environnementale et responsabilité sociale.
La chimie verte bretonne structurée autour des biomasses et de la bioéconomie
La montée en puissance de la chimie verte bretonne repose également sur une structuration collective des acteurs. Le 18 novembre 2025, l’événement Connect’Biomasses a réuni plus de 100 participants, producteurs de biomasses, industriels, chercheurs et porteurs de projets. Organisée par Biotech Santé Bretagne, cette première édition avait pour objectif de fluidifier les chaînes de valeur de la biomasse et de faciliter les coopérations industrielles. En favorisant les échanges entre offre et demande, la région renforce l’attractivité de ses filières biosourcées et accélère le passage à l’échelle des projets issus de la chimie verte.
Ce travail de mise en réseau répond à une ambition plus large de structuration de la bioéconomie territoriale. En Bretagne, la biomasse agricole, forestière, marine et industrielle constitue un socle stratégique pour produire de l’énergie, des matériaux biodégradables et des molécules à forte valeur ajoutée. La chimie verte permet d’optimiser l’utilisation de ces biomasses, en les orientant vers des usages à haute intensité technologique plutôt que vers des valorisations énergétiques à faible rendement.
D’un point de vue environnemental, cette stratégie réduit simultanément la consommation de ressources fossiles, les volumes de déchets et les émissions de gaz à effet de serre. Les procédés de biocatalyse, combinés aux principes de la chimie verte, offrent désormais des méthodes de conversion de la biomasse plus sobres en énergie et en solvants. En s’appuyant sur ces innovations scientifiques, les industriels bretons sécurisent leurs approvisionnements en matières premières renouvelables et renforcent la résilience économique de leurs chaînes de production.
Sur le plan de la responsabilité sociétale, la chimie verte bretonne agit comme un catalyseur de transformation industrielle durable. Elle crée des emplois qualifiés, favorise l’ancrage territorial des activités et soutient une agriculture plus respectueuse des sols et de la biodiversité. En valorisant les biomasses locales, les entreprises participent à une économie de proximité, moins dépendante des importations et mieux alignée sur les objectifs climatiques nationaux et européens.








