A cause de la sécheresse, l’Afrique du Sud se soulève de 2 millimètres chaque année

L’Afrique du Sud est en train de se soulever, mais pourquoi ?

Publié le
Lecture : 2 min
A cause de la sécheresse, l'Afrique du Sud se soulève de 2 millimètres chaque année
A cause de la sécheresse, l’Afrique du Sud se soulève de 2 millimètres chaque année © RSE Magazine

L’Afrique du Sud, habituellement vue comme un pays géologiquement calme, présente en ce moment un léger soulèvement de sa croûte terrestre. Certes, le mouvement est très discret, mais il fait l’objet d’un suivi très pointu grâce à des outils technologiques de dernière génération, en raison de l’activité tectonique intense. Ce phénomène est porteur de plusieurs conséquences pour le climat et l’environnement, surtout dans une région qui fait face à des galères hydrologiques.

Surveillance high-tech et découvertes

Pour capter ces mouvements, des centaines de capteurs satellites ont été installés un peu partout en Afrique du Sud. Les chercheurs, à l’aide d’un réseau dense de stations GNSS (système de géolocalisation par satellite), ont pu observer des variations d’altitude minuscules mais régulières, allant jusqu’à 2 millimètres par an. Les mesures récoltées entre 2012 et 2020 révèlent ainsi un soulèvement moyen de 6 millimètres, d’après le Dr Makan Karegar.

Cette étude, publiée dans le Journal of Geophysical Research: Solid Earth, montre comment des séries temporelles de haute précision permettent de détecter ces subtils déplacements du sol. Christian Mielke explique que ces données indiquent que le relèvement du sol s’explique en grande partie par la sécheresse et la perte importante d’eau.

Raisons et répercussions du soulèvement

Le soulèvement relevé est lié à une forte perte d’eau dans les sols sud-africains, surtout dans les zones durement touchées par la sécheresse. Ce phénomène provoque ce qu’on appelle un rebond élastique : quand l’eau souterraine se fait rare, la pression sur la croûte diminue, ce qui permet au sol de se relaxer et de s’élever légèrement. Dans les provinces du Western Cape et du Gauteng, le sol a ainsi gagné jusqu’à 6 millimètres.

Depuis l’an 2000, la perte d’eau cumulée s’élève à environ 71 millimètres dans tout le pays. Ce manque hydrique est amplifié par des facteurs tels que l’urbanisation rapide, une agriculture très intensive et un changement climatique qui renforce les périodes de sécheresse.

Défis climatiques et situations extrêmes

L’Afrique du Sud fait face à des épisodes de sécheresse quasi permanents depuis une vingtaine d’années. La crise hydrique s’est particulièrement intensifiée lors de la sécheresse historique de 2018, qui a failli provoquer le fameux « Day Zero » à Cape Town, moment où la ville aurait manqué d’eau potable. Par ailleurs, le phénomène météorologique El Niño a aussi joué un rôle en allongeant les périodes sèches.

Une mauvaise gestion urbaine, jumelée à une croissance démographique rapide et une agriculture gourmande en eau, aggrave encore bien des soucis. Du coup, la géodésie hydrologique devient un outil indispensable pour suivre et comprendre les multiples effets du dérèglement climatique sur le paysage sud-africain.

Nouvelles pistes de réflexion

Les chercheurs impliqués dans cette étude viennent, entre autres, de l’université de Bonn. L’équipe dirigée par Christian Mielke et celle du professeur Karegar ont d’abord examiné les hypothèses sur le flux du manteau terrestre pour expliquer ces levées inattendues. Mais leurs récentes observations suggèrent que la sécheresse est un facteur qui joue un rôle bien plus important qu’on ne l’imaginait.

En effet, quand l’eau souterraine s’évapore ou est pompée en masse, la pression sur le sol diminue, à l’image d’une balle en mousse qui se dégonfle. Ainsi, les zones ayant connu les plus fortes baisses d’eau sont aussi celles qui s’élèvent le plus.

Laisser un commentaire