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04/07/2018

VISION DU RISQUE NUCLEAIRE

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Même si le risque NRBCe n’est plus à la mode, car nous parlons aujourd’hui plus volontiers de terrorisme « low-cost » par des attaques faites avec les moyens du bord, des armes improvisées et par destination, la vigilance de l’occident à l’égard d’une menace réelle doit être maintenue.


On se rappelle par exemple que les auteurs de l’attaque terroriste du 22 mars 2016 en Belgique avaient prévu de fabriquer une « bombe sale », radioactive. Les terroristes islamistes bruxellois s’intéressaient de près à un chercheur du Centre d’études nucléaires de Mol en Belgique. Les frères Bakraoui, deux des kamikazes n’étaient pas allés au bout de leur démarche et avaient provoqué les attentats suicide de l’aéroport et du métro de Bruxelles. Aussi, dans son article « l’anatomie de la menace terroriste en France », Mediapart explique que l’État-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) aurait recensé en 2017 59 individus comme islamistes radicaux travaillant ou ayant travaillé dans le nucléaire.
 
Même s’il est peu probable que l’EI se dote d’une arme atomique, la possibilité pour des terroristes de fabriquer une bombe sale demeure plausible, nous savons par exemple que de l’iridium a été volé en Irak et la presse annonçait pendant l’été 2017 la découverte de stocks de Cobalt 60 non utilisés en Irak après la reprise de Mossoul.
 
En France comme en Belgique cette radicalisation islamiste d’employés ou de sous-traitants du nucléaire interroge les instances chargées de veiller à la délivrance des accréditations d’accès aux sites ou au transport et à la manipulation de sources radioactives. Le cas du sabotage du réacteur numéro 4 de la centrale de Doel en 2014 montre qu’il est essentiel de maintenir cette vigilance quant au risque interne. Pourtant, même si l’expertise technique des process NRBCe semble freiner les élans terroristes, l’EI continue dans sa communication interne à inviter ses membres à s’intéresser de près aux centrales nucléaires et à recruter des spécialistes.

Une approche particulière pour les intervenants

À la différence d’un attentat conventionnel, l’attentat à caractère radiologique génère psychologiquement (ou réellement) un maintien du risque pour les intervenants. C’est une des règles de base pour les services de secours ou pour les forces de sécurité intérieure que de s’assurer de ne pas être exposé au danger, ou d’en limiter les effets avant d’intervenir. Avec le risque radiologique, les pompiers expriment volontiers qu’ils auraient tendance à réfléchir à deux (voir trois) fois avant d’intervenir, car, la radioactivité fait peur.
Les primo-intervenants devant soustraire les victimes de l’explosion d’une bombe sale le savent pertinemment, s’ils interviennent, ils seront eux-mêmes exposés aux radiations et prendront le risque d’une contamination.
 
 
 
Devenir soi-même victime génère chez les intervenants de l’urgence un changement de paradigme mental allant jusqu’à bousculer le champ des valeurs individuelles. L’acceptation mentale du sacrifice donne à celui qui en fait l’expérience une force positionnelle où le courage prend toute sa définition. Par le courage, la notion de sacrifice, quête du héros, s’efface discrètement dans une forme de sagesse ou il n’est plus question de soi, mais de l’autre. Les actes, les orientations professionnelles deviennent altruistes et non égotiques. La grande majorité des intervenants de l’urgence ont ce courage qui fait que même dans le cas extrême de l’ultime sacrifice, c’est par don de soi que l’intervenant accomplira un acte altruiste lui laissant toute sa force, voir la sublimera aux yeux du collectif, c’est l’exemple même de l’action du Colonel BELTRAME lors de l’attentat de Trèbes et le meilleur moyen de prévention reste la formation et l’entraînement régulier afin que chacun, quel que soit son rôle (sauveteur, soignant, forces de l’ordre ou décideur), soit en mesure d’améliorer son efficacité professionnelle et de maîtriser au mieux ses réactions émotionnelles face à une situation hors norme.

Contraintes psychophysiologiques

Les attentats, de surcroît avec composante NRBCE, représentent pour les forces d’intervention des contraintes fortes en terme psychologique, mais également physiologiques. Ces contraintes nécessitent d’être prises en compte dans l’organisation des unités spécialisées et dans leur équipement, afin de réduire ces charges le plus possible, et de pouvoir traiter cet événement comme une mission « normale ».
 
Les premiers intervenants des forces de l’ordre, notamment chargés de la mise en place du périmètre de sécurité autour de la zone contrôlée sont, comme il a déjà été abordé, formés pour leurs missions, notamment aux contraintes de la gestion des foules. Cependant, s’adressant à un panel très important de fonctionnaires, cette formation est nécessairement généraliste et fatalement limitée, en termes psychologiques, par rapport aux diverses situations qui pourraient être rencontrées. Concernant les équipements, ils sont dotés de tenues opérationnelles police/gendarmerie NRBCE conçues spécifiquement pour cette mission et idéalement stockées dans un lieu accessible dans chaque commissariat ou gendarmerie voire en prépositionnement dans certains véhicules d’intervention.
 
Ces tenues conçues pour les missions bien précises de ces premiers intervenants sont relativement faciles à revêtir et à porter sur une longue durée avec un peu d’entraînement. Elles sont en tout cas parfaitement adaptées en matière de protection ce qui est un facteur de « sûreté psychologique » indéniable pour ces derniers.
 
En réalité, très peu de policiers et de gendarmes en 2018 sont capables de dire où sont stockées les tenues dans leurs commissariats ou brigades. Quand bien même ils sont capables de dire qu’elles sont dans un carton au grenier, encore moins d’être en capacité d’affirmer que la date de péremption des cartouches filtrantes est bonne.
 
Des entraînements réguliers annuels sont normalement prévus et sont centrés sur les techniques d’habillage, de déshabillage et sur les procédures de sécurité qui doivent être acquises de manière réflexe. Des passages en ambiance réelle sont également prévus. Malheureusement, bien des opérateurs n’ont pas vu la tenue depuis des années (depuis leur formation initiale en école), et les entraînements n’ont plus lieu.
 

L'auteur, Landry RICHARD
L'auteur, Landry RICHARD

Préparation au risque nucléaire

Au-delà des actions préventives, entraînement, conception de doctrines, tests de matériels… qui ne peuvent que concourir à une meilleure maîtrise des composantes techniques de l’intervention, il apparaît indispensable de prendre en compte, et ce, dès les phases de formation et de prévision, le facteur humain. Ce dernier doit être compris autant sous l’angle des victimes et impliqués (mouvement de foules, comportements inadaptés…) que sous celui des opérateurs soumis eux aussi à un intense stress physiologique et psychologique.
 
Aussi, l’entraînement visant à la préparation de la réponse à apporter face à un événement nucléaire majeur ou d’un scénario « bombe sale » ne doit pas s’adresser aux seuls acteurs de la chaîne de secours, mais bien à l’ensemble des citoyens ; à cet effet la résilience de la société peut être augmentée par la sensibilisation, l’explication et la formation de façon à détruire les fantasmes et peurs irrationnelles associés dans l’inconscient populaire aux agents non conventionnels.
 
La rareté et l’intensité de tels événements rendent d’autant plus nécessaire un examen sans concession de nos failles opérationnelles, tant sous l’angle du matériel que de la doctrine. Seules des conditions d’entraînement et d’évaluation aussi sévères et rigoureuses, pour les hommes et les matériels, que ne pourrait l’être une opération réelle nous permettront de pallier les inévitables incertitudes générées par le manque d’expérience face à ce type d’événements.
 
Il ne faut pas, en matière de réponse NRBCE, hésiter à se confronter aux limites ainsi identifiées pour arriver à mieux les repousser en adaptant la doctrine, la tactique, la formation. Enfin, la préparation mentale des intervenants doit être complètement refondée. S’il est vrai que des exercices collectifs permettent une forme de préparation par des processus d’apprentissage et d’habituation, l’ampleur de telles manœuvres ne permet pas d’individualiser la préparation. Des entraînements individualisés doivent être développés grâce aux outils modernes de gestion des crises à l’instar des « serious games[1]  ». Les outils de réalité virtuelle permettent également un travail particulièrement réaliste allant solliciter les réponses cognitives des intervenants sans devoir organiser des manœuvres d’ampleur mobilisant parfois des centaines de participants. Il reste bien sûr essentiel de prendre en compte la réalité des organisations, du manque de personnel face à une sollicitation opérationnelle toujours plus forte, mais l’efficacité de la réponse passera par des rappels réguliers pour l’ensemble des agents des « bonnes pratiques ».
 
Enfin, la préparation physique semble avoir une importance considérable tant il est nécessaire d’être en excellente condition physique pour assumer les missions d’un attentat à composante NRBCe par les contraintes liées aux missions elles-mêmes et aux contraintes physiologiques imposées par les tenues de protection.
 
Par extension, la maîtrise, la connaissance des risques nucléaires aura pour effet d’appeler à la vigilance chacun des membres des forces de sécurité intérieure, jusqu’aux sapeurs-pompiers dans la détection des signaux faibles d’alerte sur des comportements suspects ou des interrogations potentiellement intéressantes. Il faudra cependant mettre en œuvre des systèmes de recueil et d’analyse du renseignement dans une logique interservices et sans jamais discriminer l’origine des informations.

Pour en savoir plus, cliquer ICI
 
 
 
[1] Serious Game, jeu sérieux, logiciel ou scénario pédagogique qui combine une intention sérieuse d’entraînement avec des ressorts ludiques. Les simulateurs d’intervention par exemple rencontrent de plus en plus de succès auprès des forces d’intervention de la police et de la gendarmerie.




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