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Serge Paugam et les liens sociaux

22/04/2021



Serge Paugam s'intéresse aux différentes formes d'attachement de l'individu à la société, ce qui lui permet de distinguer quatre principaux types de liens sociaux sur lesquels l'être humain va s'appuyer pour agir et se développer au sein de son environnement. En effet, face aux aléas de la vie, l'individu, pour survivre, va recourir à différentes formes de relations sur lesquelles il peut compter pour trouver un équilibre (protection), sur le plan cognitif, psychologique qu'affectif. Ces différents liens sociaux contribuent également à donner une valeur à l'individu dans la société (reconnaissance) pour qu'il puisse continuer à progresser.



Serge Paugam et les liens sociaux
Serge Paugam identifie dans ses travaux, quatre types de liens sociaux qui rattachent l'individu aux autres, fondés sur des bases relationnelles différentes en termes d'intensité et de profondeur:
 
- les liens de filiation
- les liens de participation élective
- les liens de participation organique
- le lien de citoyenneté

Bien que ces quatre liens appartiennent à des sphères normatives différentes (famille, relations amicales et affectives, travail, citoyenneté), ils forment néanmoins un tout et ont une portée "intégratrice", essentielle pour que l'individu puisse vivre et se développer. Ils ont en effet deux fondements communs: la protection (compter sur) et la reconnaissance (compter pour).

Ces quatre liens sociaux se renforcent mutuellement (entrecroisement) et favorisent l'intégration sociale de l'individu.

Le lien naturel de filiation

Le premier type de lien social concerne le lien naturel de filiation, c'est-à-dire celui de l'individu avec les différents membres de sa famille (cellule familiale), c'est-à-dire avec sa lignée (ascendants - descendants)... Il s'agit donc de relations qui relèvent de l'inné, c'est-à-dire que l'on acquiert à sa naissance (grands-parents, parents, oncles et tantes...) ou qui dépendent de son patrimoine génétique (enfants, petits-enfants, cousins, neveux et nièces ). Dans ce type de liens, l'individu n'a pas de liberté de choix. Il est dans un système social et affectif contraint, qui lui est imposé dès sa naissance.

Le lien de participation élective

Le deuxième type de lien est le lien de participation élective. C'est le lien qui renvoie au choix que fait l'individu au niveau de sa relation à l'autre, dans le cadre de relations interpersonnelles selon ses désirs et ses aspirations. Ce type de lien relève d'une socialisation en dehors de la sphère familiale, au cours de laquelle l'individu entre en contact avec d'autres individus qu'il apprend à connaître dans le cadre de groupes divers et d'institutions.  Il se définit  ici comme l'union entre des personnes qui se sont choisies, pour des raisons de proximité géographique, culturelle, sociale ou affective. Ce type de liens recouvre par conséquent plusieurs formes d'attachement non contraint. Ce sont donc des liens qui se sont construits sur une base affinitaire (amitiés, relations amoureuses, relations sociales, voisinages, relations culturelles ou sportives, appartenance religieuse, liens communautaires) et qui vont évoluer dans le temps. Certains liens vont se défaire, d'autres se créer ou se (re)constituer, en fonction des circonstances et au gré des situations. Ces liens interpersonnels s'opèrent en dehors de la cellule familiale, comme dans le cas de relations amicales ou  amoureuses. Ils correspondent  à la définition du lien de participation élective. Ils sont perçus comme désintéressées et détachés des contingences sociales qui caractérisent les autres formes de sociabilité.

Le lien de participation organique

Le lien de participation organique renvoie au monde du travail autour de formes de solidarité organique au sens de Durkheim. Ces liens sont structurés autour d'échanges complémentaires dans un mode d'organisation du travail structuré autour de fonctions spécialisés qui obligent l'individu à s'unir (division sociale du travail), pour accomplir sa mission et trouver un rôle (apport, valeur, contribution) dans la société. Pour l'auteur, l'intégration des individus au système social passe par leur intégration au monde du travail et de l'emploi, ce qui leur assure une protection (détention d'un emploi, d'une activité stabilisée) mais aussi une fonction précise, interdépendante des autres, source d'utilité sociale (reconnaissance matérielle et symbolique).

Le lien de citoyenneté

Le lien de citoyenneté dans les sociétés modernes et démocratiques est le lien qui rattache à un autre univers normatif, celui d'être reconnu officiellement comme citoyen (principe de l'appartenance à une nation). Selon ce principe, l'Etat - nation va reconnaître à ses membres des droits et des devoirs et en fait des citoyens à part entière. Les droits civiques permettent de participer à la vie publique et politique, de pouvoir se porter candidat à des emplois publics, d'être électeur et de voter aux élections ou encore d'être éligible. Les devoirs civiques sont essentiellement celui d'accomplir son service national ou civique, ou d'être juré. L'importance de la protection est donnée ici par le fait d'avoir des droits civils, politiques, sociaux, de pouvoir vivre dans un état de droit (sécurité). Le lien de citoyenneté repose par conséquent sur une conception exigeante des droits et des devoirs de l'individu. La citoyenneté est donc aussi une composante du lien social. C'est, en particulier, l'égalité de droits, et de devoirs, associées à la citoyenneté qui fonde le lien social. Ainsi, par la citoyenneté, le "vivre ensemble" ne se limite pas uniquement à partager la même religion ou des intérêts économiques convergents, c'est devenir membre de la même organisation sociale et politique, autour de valeurs partagées, formant ensemble une même communauté de destin.

Conclusion

Ces quatre types de liens sociaux présentés par le sociologue Serge Paugam sont à la fois différents en termes de référentiel normatifs et complémentaires en termes de protection et d'utilité sociale. Ils constituent en effet le tissu social qui entoure l'individu depuis sa naissance jusque dans la conduite de ses activités économiques (entreprise), sociétales (citoyenneté), sociales (écoles, associations, communautés) et affectives (couple, réseau amical). Ainsi, en matière d' identité, l'individu peut aussi bien faire référence à sa nationalité (lien de citoyenneté), à sa profession (lien de participation organique), à ses groupes d'appartenance (lien de participation élective), à ses origines familiales (lien de filiation). Dans chaque société, ces quatre types de liens constituent donc la trame sociale à partir de laquelle les individus sont appelés à tisser leurs appartenances au corps social (processus de socialisation). Si l'intensité de ces liens sociaux varie d'un individu à l'autre, elle dépend aussi de l'importance relative que les sociétés leur accordent. Ainsi, le rôle que jouent par exemple les solidarités familiales et les attentes collectives à leur égard est variable d'une société à l'autre. De même, les formes de sociabilité qui découlent du lien de participation élective ou du lien de participation organique dépendent en grande partie de son milieu d'origine et de ses rencontres. Enfin, l'importance accordée au principe de citoyenneté comme fondement de la protection et de la reconnaissance est étroitement liée au mode de gouvernance de chaque Etat.

Pour aller plus loin

Paugam S., Le lien social, Paris, PUF "Que sais-je ?", 2008.
Paugam S., Le salarié de la précarité. Les nouvelles formes de l'intégration professionnelle, Paris, PUF, coll. "Le lien social", nouvelle édition "Quadrige", 2007.
Paugam S., La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté , Paris, PUF, 1991, huitième édition avec une préface inédite "La disqualification sociale, vingt ans après", coll. "Quadrige", 2009.
Singly F., Les uns avec les autres, Paris, Armand Colin, 2003, p. 73-74.
Durkheim E., De la division du travail social, Paris, 1893, PUF, coll. "Quadrige/grands textes", 2007.
Bourgeois L., Solidarité, (1ère édition 1896), Villeneuve d'Ascq, Presses du Septentrion, 1998.






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