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25/06/2019

Matthieu Combe, « Survivre au péril plastique »

La rédaction



« Survivre au péril plastique », le nouveau livre de Matthieu Combe vient de paraître aux éditions Rue de l’Échiquier. Deux ans d’enquête sur les causes, les conséquences et les solutions à la pollution plastique en France, en Europe et dans le monde. Entretien.


Vous publiez :  « Survivre au péril plastique ». Vous brossez un tableau de l’histoire de ce matériau omniprésent dans notre quotidien, son impact environnemental, ainsi que les projets de dépollution des océans. Comment vous est venue l’inspiration de cet ouvrage ?

J’ai créé le magazine en ligne Natura-sciences.com il y a dix ans et dans ce cadre, je fais de nombreux reportages sur la consommation et les problématiques environnementales. Je m’étais déjà intéressé au sujet de la pollution plastique pour mon premier livre « Consommez écologique », paru en 2014. Il dressait un panorama des problématiques environnementales en lien avec la consommation.

Puis, j’ai voyagé, j’ai vu la pollution plastique au Maroc et au Sri Lanka. J’ai suivi de près les expéditions de l’association 7e continent et d’expédition MED. Et j’ai voulu en savoir plus : comprendre d’où venait cette pollution et comment y mettre un terme. C’est pour répondre à cette question que je suis allé à la rencontre des navigateurs qui l’ont observée, et que je me suis entretenu avec les fabricants et transformateurs de plastique, les professionnels du recyclage et des eaux usées, les ONG ainsi qu’avec différentes marques. J’ai également recueilli une quarantaine de témoignages spécialistes du sujet, des personnalités ou des experts tels qu’Isabelle Autissier, Jean-Michel Cousteau, Catherine Chabaud, François Veillerette, François Galgani ou encore Brune Poirson.

Quelles perspectives nous invitent à partager vos écrits ?

La pollution engendrée par les plastiques est planétaire. Elle envahit les mers et les océans du monde, les rivières, la terre et l’air. Les gros déchets contaminent, étouffent et tuent les animaux, tandis que les plus petits font de même sur une multitude d’espèces. Différents fragments de plastique se retrouvent inexorablement dans notre assiette : nous en ingérons au quotidien et ils relâchent des perturbateurs endocriniens dans notre corps. Face à ce constat sans appel, il est primordial et urgent de mettre en place des solutions.
 
Quel est l’impact des plastiques sur le monde animal et la santé humaine ? L’homme est-il condamné à manger du plastique ? Mon livre aborde largement ces questions avant de faire le tour des solutions pour nettoyer les eaux, créer des filières de transition, arrêter à la source les rejets dans l’environnement, valoriser 100 % des plastiques et repenser leur usage. Ces alternatives sont actuellement mises en place par des entreprises, des startups, des collectivités, des ONG et des citoyens. Le monde politique joue également un rôle important, comme l’illustrent les lois récentes pour réduire le plastique à usage unique et augmenter le taux de recyclage.
 
Malgré la prise de conscience et les actions déjà mises en place, la dynamique reste encore largement à amplifier pour espérer stopper la pollution à la source. Si l’ensemble des acteurs de la chaîne du plastique doivent agir main dans la main, le catalyseur du changement est le citoyen. J’apporte donc aussi des pistes concrètes pour que chacun puisse diminuer son empreinte plastique et réapprendre les gestes simples à appliquer au quotidien pour préserver sa santé et l’environnement.

A la lumière de vos observations, quels seraient les comportements à adopter en urgence ?

Je vois quatre grandes familles d’action à mettre en œuvre. La première est de réduire sa consommation de plastique pour réduire ses déchets et protéger sa santé. Cela revient à bannir les plastiques de sa cuisine, à chasser les emballages superflus et les plastiques à usage unique. C’est acheter en vrac, préférer des peintures et des matériaux naturels et réduire ses achats de textiles synthétiques. La deuxième chose à faire est d’améliorer la collecte et le recyclage des déchets plastiques. Cela passe par le fait d’acheter des produits en plastique réutilisables ou recyclables et de les mettre dans la poubelle jaune. Pour les industriels, c’est la modernisation des centres de tri et la création d’infrastructures de collecte et de traitement dans les pays en développement et émergents.
La troisième chose à faire est d’améliorer la gestion des eaux usées. C’est le rôle des industriels : 80 % des eaux usées mondiales ne subissent aucun traitement. Et enfin, le monde politique doit instaurer une responsabilité élargie des producteurs partout dans le monde pour que les marques payent pour la gestion de leurs déchets en fin de vie. C’est encore une exception et non la règle, dans le monde.

Pensez-vous que la situation soit réversible au stade de pollution où nous en sommes arrivés ?

La pollution qui est dans la mer y restera pendant très longtemps. Plus de 270 000 tonnes de déchets plastiques flottent, contre environ 150 millions de tonnes qui seraient dans les fonds océaniques. Cette pollution se retrouvant jusqu’à 11 km de profondeur ne pourra pas être nettoyée. Et elle pourrait mettre plusieurs milliers d’années à se dégrader. La pollution n’y disparaîtra pas à l’échelle humaine, mais sur des temps géologiques.

Pour être réellement efficace, il ne faut pas mettre toute son énergie dans le nettoyage des océans, mais concentrer ses efforts à la source de la pollution. Il faut tarir les fuites dans l’environnement. Pour cela, il faut 100 % de collecte des déchets et assurer leur recyclage. Le plastique ne doit plus se retrouver en décharge et être incinéré en dernier recours. Afin de survivre au péril plastique, il faudra conclure un accord international, avec des engagements et des aides pour créer des filières de recyclage et des stations d’épuration partout dans le monde.