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01/12/2017

Les dirigeants face aux enjeux de compliance : témoignages et retours d’expérience

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Les normes et exigences de conformité qui s’imposent aux entreprises sont de plus en plus importantes. La compliance est ainsi devenue un enjeu central de leurs stratégies. D’autant qu’elle ne se limite pas au respect des règlements en vigueur : elle englobe aussi les engagements volontaires qu’elles prennent en termes d’éthique.


La compliance : une exigence

« Les champs de la compliance sont vastes et touchent tous les domaines de l’entreprise, avec un fil rouge : le respect des normes applicables et la prévention des risques pour l’ensemble des processus qu’une entreprise est amenée à mettre en place », explique Thierry Boillot, Directeur d'affaires Antitrust et Compliance chez Lafarge. Or les exigences en la matière sont de plus en plus strictes. La loi Sapin 2, entrée en application à l’été 2017, illustre bien cette tendance. Désormais, les entreprises de plus de 100 millions de chiffre d’affaires et de 500 salariés devront disposer d’un code de conduite, d’un dispositif d’alerte interne, d’une cartographie des risques à jour, d’une évaluation de la situation des clients et des fournisseurs, et former leur personnel sur ces aspects. L’objectif est de lutter contre la corruption, et de garantir la transparence de la vie économique. Chez Lafarge, il existe déjà une direction dédiée, un code de conduite, et un programme de conformité à la concurrence.

Car la « non-conformité » coûte cher… Plusieurs grandes entreprises ont écopé ces derniers mois d’amendes se chiffrant en millions d’euros. Un exemple : la Banque Postale qui a été condamnée en mai dernier à verser 5 millions d’euros, pour « défaut de conseil lors de la commercialisation d’un fonds aux particuliers ». Et, nouvel organe créé par la loi Sapin 2, l’Agence Française Anti-corruption exerce déjà des contrôles, qui pourront donner lieu à des sanctions financières.

Mais le non-respect des normes a un coût qui n’est pas que financier. Il entame l’un des capitaux les plus précieux de l’entreprise : son image et sa réputation. Récemment, le scandale Kobbe Steel l’a encore rappelé. Le fabricant d’acier nippon a falsifié ses labellisations et certifications… Ruinant son image de marque, sans doute durablement.

Les vrais enjeux de la compliance

Comme l’explique Daniel Tricot, le président du Cercle de la Compliance, « la compliance ne se résume pas qu’à un respect strict de la loi. Est également abordé tout un volet tenant à la protection de l’image de marque ». C’est ce que constate aussi Anne Piot d’Abzac, VP chief risk officer du groupe pharmaceutique Ipsen : « Les enjeux sont majeurs : crédibilité, réputation, sanctions financières exemplaires, perte de confiance des employés ou des investisseurs, perte d'attractivité pour les jeunes diplômés ou talents en général ». C’est pourquoi Ipsen dispose d’un « programme global d’Ethique et de conformité dont le Code de Bonne Conduite est la pierre angulaire ».  Conformité, intégrité et transparence font partie des piliers qui le composent.

Car pour beaucoup d’entreprises, la compliance, c’est aller au-delà des normes et des règlements, pour entrer pleinement dans le champ de l’éthique.

Le groupe Schneider Electric a très clairement fait ce choix. Jean-Pascal Tricoire, son PDG, le revendique : « Nous dépassons les obligations légales et démontrons un comportement éthique au-dessus des standards et cohérent avec nos valeurs ». Concrètement, Schneider Electric a mis en place une charte reposant notamment sur le respect des principes des Nations Unies ; un programme pour aider ses collaborateurs à gérer les dilemmes éthiques ; ou encore un « plan de vigilance », avec des cartographies des risques, des procédures d’évaluation, et des actions de prévention.  Une démarche qui lui permet de figurer parmi les 3 entreprises françaises considérées comme les plus éthiques du monde par Ethisphere. Et que le groupe considère comme un élément central de sa croissance et de sa compétitivité.

La compliance, vectrice de croissance… durable

« Un nombre croissant d’entreprises, même de petite taille, a compris que la compliance n’était pas un obstacle au business mais au contraire une plus-value commerciale à mettre en avant », confirme Sylviane Hautin, associée chez KPMG. Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal, l’assume pleinement. Il a ainsi déclaré : « L’éthique doit être la clef de voûte de toute entreprise et un devoir essentiel. Une culture d’intégrité, à la fois forte et effective, est un avantage compétitif pour une entreprise, guidant ses actions à court terme et lui apportant une valeur pérenne ». L’Oréal a ainsi mis en place une charte éthique dès 2000, qui existe en 45 langues, est signataire du Pacte Mondial des Nations Unies, organise chaque année une Journée Mondiale de l’Ethique, et a même mis à disposition une plate-forme de e-learning sur le sujet.

La politique conformité et éthique du groupe Optic 2000, premier opticien de France, n’est pas non plus étrangère à son succès et sa croissance. Optic 2000 a affiché en 2016 un chiffre d’affaires de 905 millions d’euros, en hausse de 1.8%, et continue à augmenter sa part de marché. Le groupe soigne particulièrement cet aspect compliance : il est doté d’un comité déontologique et d’une charte qui comporte 10 engagements éthiques. Par ailleurs, tous les magasins Optic 2000 sont engagés dans la certification « Qualité en optique » délivrée par l’AFNOR, attestant du respect de critères relatifs à l’accueil, au service, au client, mais aussi à la déontologie et l’éthique. Dans le cadre de la lutte contre les facturations de complaisance et les arnaques aux mutuelles, le groupe a également imposé à l’ensemble de ses magasins d’utiliser un logiciel anti-fraude développé sur mesure, qui empêche l’optimisation de factures. Un outil de suivi, d’alerte… et dissuasif. « Cette démarche éthique doit être volontaire, mais aussi et surtout, proactive », résume Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000.

En effet, la meilleure façon de se prémunir des risques que pourrait faire peser le non-respect des normes à l’entreprises reste d’adopter cette attitude « proactive » en termes de compliance. Et l’on ne peut que se réjouir si elle est aussi l’occasion de mettre en place une éthique des affaires, aux conséquences positives d’un point de vue moral… et pour le business. 





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