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22/12/2019

Le déplacement du champ de force dans le cyberespace est à l’avantage des champions chinois

Agnes Boschet




Avec ses cartes technologiques, Edge computing, 5G, IA, la Chine poursuit le marathon de la puissance tout en appliquant la résilience à son propre rebond intérieur. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », cette maxime attribuée à Antoine de Lavoisier pourrait s’appliquer aujourd’hui aux conséquences du conflit économique sinoétasunien. En effet, au lieu de pénaliser la croissance des géants chinois du numérique, la guerre économique a permis de les mettre en pleine lumière. 

Les contraintes les poussent à accélérer l’innovation et valider le concept de « security & by design ». Ils se sont recentrés sur leurs marchés domestiques et périphériques pour mieux rebondir. Cette situation permet à l’Empire du Milieu d’accélérer également le niveau d’acculturation de la population par l’usage des outils et services numériques, autant que de pousser encore plus loin la capacité d’innovation croisée des acteurs. À ce titre, l’IA est un bel exemple de l’intégration civilo-militaire pour la domination : Article sur ENDERI

Les exemples sont nombreux et reflètent un désir plus large en Chine de réduire sa dépendance à l’égard des technologies étrangères, en particulier les semi-conducteurs et les puces mémoires qui sont utilisés dans les ordinateurs portables, les téléphones intelligents, les tablettes et les montres à puce, etc. En novembre 2019, le PCC a fixé l’objectif de quatre années à la Chine pour accélérer le développement de ses propres outils mobiles et accélérer son autonomie. 

Deux mois à peine après les annonces du renforcement de l’embargo américain sur Huawei, celui-ci privé des fonctionnalités d’Android crée la surprise. Richard Yu, le PDG de la Division grand public communique sur le niveau de développement de son propre système Harmony OS. Un système open source (7 ans de R&D) conçu pour équiper toute sorte de produits connectés, y compris l’environnement des marques concurrentes. L’OS alternatif de Huawei fait la promesse de consommer moins de ressources qu’Android et nécessitera donc moins de mémoire vive.

Dans les faits, Huawei renforce sa part de marché sur le sol chinois et distance ses compétiteurs. La reconnaissance va au leader du marché et le place en seconde position derrière Samsung. Xiaomi, le quatrième constructeur mondial de smartphones derrière Samsung, Apple et Huawei, affiche un repli trimestriel de près de 8 % de son chiffre d’affaire dans les smartphones.

L’embargo américain contre Huawei pénalise les autres constructeurs chinois de mobiles. Au troisième trimestre 2019, ses ventes se sont envolées à + de 66 %, portant sa part de marché local à 42,5 % contre 24,9 % N-1 2018. Mais à l’international, selon IHMS Markit, et tout particulièrement en Europe, l’érosion de ses ventes se poursuit pour le deuxième trimestre consécutif. En 2018, le poids de Huawei en Europe atteignait 12,8 milliards d’euros. Néanmoins, le constructeur chinois leader des puces 5G conserve son avantage en matière d’intégration, de logistique, de coût et de délais quand ses compétiteurs chinois sont dépendants des puces 5G de Qualcom (US) pour la technologie de leurs smartphones.

Alibaba cloud progresse plus dans le Cloud que les compétiteurs historiques. Alibaba Cloud (Aliyun) est numéro un du « cloud computing » en Chine et numéro quatre dans le monde. Le groupe s’appuie sur les semi-conducteurs d’Intel, mais affiche ses propres ambitions d’autonomie. Il a récemment fait l’acquisition du fournisseur de circuits intégrés Hangzhou C-Sky Microsystems. Le groupe chinois de l’électronique a décidé de produire sa propre puce. C’est Pingtouge, une de ses filiales, qui a annoncé la sortie de T-Head son premier produit. Ce processeur peut réduire les coûts de production des puces de plus de 50 % et sera bientôt disponible pour la vente. Le processeur est conçu pour être utilisé dans des applications telles que les télécommunications 5G, l’intelligence artificielle et la conduite autonome. D’autre part, Pingtouge développe une puce d’IA baptisée AliNPU et portera les développements liés à l’informatique quantique.


D’après Gartner, le marché mondial des services de cloud public devrait quant à lui augmenter de 17 % en 2020 pour atteindre 266,4 milliards de dollars, contre 227,8 milliards de dollars en 2019. En 2020, l’infrastructure en tant que service IaaS devrait afficher la plus forte croissance du marché (+24 %) pour atteindre les 50 milliards de dollars en 2020. La demande s’oriente vers des modèles de services regroupant IaaS et plateformes en tant que service PaaS.

Le deuxième segment de marché devrait être celui des infrastructures en tant que service (IaaS) qui atteindrait 50 milliards de dollars en 2020, soit une progression de 24 % sur un an et le taux de croissance le plus élevé de tous les segments du marché. Cette croissance est attribuée par Gartner aux applications et aux charges de travail actuelles qui nécessitent une infrastructure que les centres de données traditionnels ne peuvent pas offrir. 

Alibaba affirme également son engagement vers le Green-IT en exploitant l’outil Link Edge qui permet le développement d’applications IoT en connexion avec la plate-forme de cloud public du groupe. Cette technologie Edge computing revient à centraliser et traiter les données localement à l’aide de minuscules Data Centers placés à proximité des objets connectés, voire, directement dessus. La donnée n’est plus traitée de manière centrale, mais en périphérie immédiate, d’où le terme « edge ». Ainsi, le edge computing, en facilitant le traitement (autant que la sécurité) des données sur site, permet de réduire grandement l’empreinte écologique des structures. Les données parcourent une distance moins importante et contrairement aux Data Centers, leur traitement n’exige pas de cycle de refroidissement par l’eau. Elle impacte aussi grandement l’empreinte écologique de la structure.

Alibaba Group est au plus proche de l’expérience client et a bien intégré que dans le futur proche, le « Green IT » sera l’un des critères de choix du fournisseur d’infrastructures. Et en Chine, il y a une très forte dynamique d’engagement sur les réseaux sociaux. Et le besoin de transparence des nouveaux consommateurs est une tendance de fond qui s’inscrit dans le mouvement Tech For Good. 

Le développement de solides infrastructures numériques est stratégique et impactera la croissance économique. D’après le cabinet McKinsey, en Corée du Sud tout comme au Royaume-Uni, le numérique représente 10 % du PIB. Cela confirme que dans la course à la puissance industrielle 4.0, le développement rapide de solides infrastructures numériques est clé. A cette heure, l’Europe réfléchit encore à sa souveraineté numérique et OVH avance seul.




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