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16/03/2020

La propagation virale du Covid19 continue et s’amplifie de manière quasi exponentielle dans notre pays.

Michael CALADAN



Le gouvernement semble enfin vouloir prendre quelques mesures pour endiguer le phénomène, mais les décisions prises arrivent avec beaucoup de retard et manquent de logique. Par idéologie sans doute, nous ne sommes toujours pas prêts à fermer nos frontières, alors que le monde entier s’y emploie dans l’urgence, c’est donc le monde qui se ferme à la France.


Nous n’avons toujours pas de masques aux normes dans nos pharmacies alors que les usines tournent à plein régime et que le gouvernement refuse de libérer les stocks qu’il accapare. Les bars, restaurants, cinémas et autres lieux « non utiles » seront fermés jusqu’à nouvel ordre. Les visites parentales et les déplacements limités…
 
Maintenir les élections municipales en commençant quelques heures avant le scrutin par des prises de parole terriblement anxiogènes du président et de son Premier ministre est un paradoxe incroyable. L’effet obtenu est un résultat de premier tour totalement tronqué par une abstention record. Quelle incroyable obstination, alors que le deuxième tour sera très probablement annulé et l’élection reportée. La mise en danger de tous ceux qui ont participé au scrutin est un acte dont les conséquences incomberont sur ceux qui n’auront pas su prendre les bonnes décisions à temps. Sur le plan commercial, annoncer une fermeture administrative nationale de la restauration seulement cinq heures avant sa mise en place est une nouvelle preuve de l’incroyable amateurisme de ce gouvernement. Les restaurateurs, soudainement pris au dépourvu, sans possibilités de se retourner et de préparer l’arrêt de leur activité, sont à leur tour les victimes collatérales d’un exécutif déconnecté des réalités qui pensent que l’on peut arrêter une activité telle que la restauration comme on éteint la lumière.
 
La phase 3 est donc lancée, après être passée par la phase deux, deux et demie, deux trois quarts. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur disait Albert Camus. Plus personne ne comprend les circonvolutions et l’incohérence gouvernementale, les effets sont dévastateurs sur la crédibilité déjà entamée d’un gouvernement qui semble gérer cette terrible crise au doigt mouillé. Une phase 3 en deux temps, avec président de la république qui intervient maladroitement et deux jours plus tard son Premier ministre qui complète sa déclaration. Oublié le 7 mars, lorsque le président et son épouse passaient la soirée au théâtre pour inciter les Français à sortir malgré le coronavirus, oubliés les déclarations rassurantes des soi-disant « spécialistes » sur les chaînes d’information continue. La tentative de culpabilisation des Français par le Premier ministre lors de l’allocution télévisée du 14 mars est emblématique de l’état d’esprit de ces élites. Oser mettre en doute le sérieux de nos citoyens face à la catastrophe, après avoir donné tous les signes de l’amateurisme le plus inepte dans la gestion de la crise relève de la plaisanterie. Je n’ai vu ce soir-là qu’un représentant du gouvernement qui dissimule ses propres défaillances par l’attaque et la mise en cause d’autrui.
 
Des Français coupables de vouloir continuer à vivre, à sortir, à se côtoyer malgré tout, accusés de propager le virus par leur attitude jugée trop individualiste et presque indifférente à l’épidémie qui s’abat sur le monde. Des Français jugés soudain trop inquiets et coupables de vouloir faire des provisions en prévision d’un avenir proche fort incertain. Qu’il est facile d’accuser l’autre pour dissimuler ses propres faiblesses. N’oublions pas que le précédent ministre de la Santé déclarait que le risque d’introduction du coronavirus était « faible, mais pas exclu » et que celui qui suivit annonça même que notre pays était débarrassé du virus et qu’il n’y avait plus aucun malade. Quelques jours plus tard, la courbe des contaminations explosait et les morts commençaient à s’accumuler.
 
Dans les semaines et les mois à venir et à moins d’un miracle soudain, le Covid19 continuera probablement sa progression en mettant à mal une économie mondiale fragile qui aura les pires difficultés à se redresser. Un organisme aussi minuscule qu’un virus peut tuer son hôte, mais sa propagation et sa virulence peuvent aussi abattre une économique mondiale totalement interdépendante et encore fragilisée par la crise de 2008. Dans chacun des pays touchés, le pic épidémiologique finira par être atteint en fonction de la capacité du virus à gagner de nouveaux organismes. Le contrôle sanitaire aux frontières et la mise quarantaine étant les meilleurs moyens pour freiner la contagion, le retard de la France à prendre ces mesures nécessaires promet ici une catastrophe majeure.
 
Jusqu’au moment de la découverte d’un antivirus ou d’un traitement efficace estimé entre six mois et un an, un nombre incalculable de victimes seront malheureusement à déplorer à travers le monde. Des victimes de la maladie, mais aussi des victimes collatérales dues à la déstabilisation mondiale qui commence. La remise en fonction des industries locales capables de fournir de quoi survivre aux populations ainsi que les services essentiels permettront de diminuer la dépendance extérieure. Un nouveau monde pourrait se dessiner, une crise si forte qu’elle pourrait être le catalyseur d’une nouvelle ère, un reset douloureux, mais salutaire. Ce qui est certain, c’est que le Covid19 modifiera notre société en profondeur et laissera des traces profondes.

Michael Caladan est l'auteur du "Guide d'évacuation et de survie " paru chez VA EDITIONS
 




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