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15/01/2018

Désoxygénation de l'océan : une étude scientifique révèle les dangers et les solutions




Au cours des 50 dernières années, la proportion de zones de haute mer dépourvues de tout oxygène a plus que quadruplé. Quant aux masses d'eau côtières, y compris les estuaires et les mers, les sites à faible teneur en oxygène ont été multipliés par 10 depuis 1950. A mesure que la Terre se réchauffe, les scientifiques estiment que le taux d'oxygène va continuer à chuter dans ces deux types de zones.


Dans un article publié dans la revue américaine Science le 5 janvier 2018, une équipe internationale de scientifiques affirme que pour mettre un terme à ce déclin, le monde a besoin de limiter le changement climatique et la pollution par les nutriments.

L'étude provient du Global Ocean Oxygen Network (GO2NE), un nouveau groupe de travail créé en 2016 par la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO, représentant 21 institutions dans 11 pays. L'article est le premier à analyser si largement les causes, les conséquences et les solutions à la désoxygénation à travers le monde, à la fois en haute mer et en eaux côtières. Le texte souligne les plus grands dangers menaçant l'océan et la société, et les actions à prendre pour garder les eaux de la Terre productives et en bonne santé.

Les enjeux

« Près de la moitié de l'oxygène sur notre planète vient de l'océan, » explique Vladimir Ryabinin, Secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale qui est à l'origine de la formation du groupe GO2NE. « Cependant, les effets combinés de la surcharge en nutriments et du changement climatique augmentent considérablement le nombre et la taille des "zones mortes" en haute mer et en eaux côtières, où le niveau d'oxygène n'est plus suffisant pour assurer la survie de la majeure partie de la vie marine. »

Dans les « zones mortes » traditionnelles, comme celles de la Baie de Chesapeake (Etats-Unis) et de la mer Baltique, le taux d'oxygène atteint des niveaux si bas que beaucoup d'animaux meurent asphyxiés. Comme les poissons évitent ces zones, leur habitat se réduit et ils se retrouvent plus exposés aux prédateurs et à la pêche. Or les auteurs font remarquer que le problème dépasse de loin le seul phénomène des « zones mortes ». Même de plus petites baisses en oxygène peuvent freiner la croissance des espèces, entraver leur reproduction et entraîner des maladies voire la mort.

Le changement des taux d'oxygène peut aussi déclencher le rejet de substances chimiques dangereuses telles que le protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre jusqu'à 300 fois plus puissant que le dioxyde de carbone, et le sulfure d'hydrogène toxique. Si certaines espèces peuvent effectivement prospérer dans ces zones, il n'en est pas de même de la biodiversité dans son ensemble.


Le changement climatique est le principal responsable de ce phénomène en haute mer. Le réchauffement des eaux de surface empêche l'oxygène d'atteindre les profondeurs de l'océan. De plus, lorsque l'océan se réchauffe, il retient moins d'oxygène ; or la faune vivant dans les eaux plus chaudes a un besoin en oxygène plus important. Dans les eaux côtières, la pollution par les nutriments provenant des terres crée des proliférations algales qui consomment énormément d'oxygène lorsqu'elles meurent et se décomposent.

D'après les scientifiques, la survie de l'humanité est également en jeu, surtout dans les pays en voie de développement. Il n'est pas garanti que les activités de pêche artisanale puissent se délocaliser lorsque le manque d'oxygène détruira leurs récoltes ou fera fuir les poissons. Aux Philippines, la mortalité de poissons due à la désoxygénation dans les bassins aquacoles d'une seule ville coûte plus de 10 millions de dollars. Les récifs coralliens, qui sont une attraction touristique majeure pour de nombreux pays, peuvent également disparaître par manque d'oxygène.

Certaines zones de pêche pourraient bénéficier du phénomène, du moins sur le court terme. La pollution par les nutriments peut en effet stimuler la production de nourriture pour les poissons. Par ailleurs, lorsque les poissons se retrouvent obligés de se regrouper pour fuir les zones à faible taux d'oxygène, il devient plus facile de les pêcher. Mais sur le long terme, cela pourrait conduire à la surpêche et ainsi nuire à l'économie.





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