RSE Magazine
 
RSE Magazine
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

Danièle Bourcier et la sérendipité

07/04/2020



Le concept de sérendipité a été popularisé par Danièle Bourcier et Pek van Andel. Néologisme venant du mot anglais serendipity signifiant faire une découverte par hasard alors qu’on est initialement à la recherche d’autre chose, ce terme a été introduit au XVIIIe siècle par l’Anglais Horace Walpole en 1754.



Les origines

Le concept de sérendipité a été popularisé par Danièle Bourcier et Pek van Andel. Venant du mot anglais serendipity, il signifie "faire une découverte par hasard alors qu’on est initialement à la recherche d’autre chose". Ce terme a été introduit au XVIIIe siècle par l’Anglais Horace Walpole en 1754 qui avait lu Voyages et aventures des trois princes de Serendip.

Ce conte persan écrit par Amir Khusrau relate les découvertes importantes de trois princes, liées à la fois au hasard (indices en apparence sans rapport avec leur mission) et à leur sagacité (découvertes fondamentales) qui donneront lieu à des récompenses non recherchées (royaumes, richesse, cadeaux…). Il montre au travers des pérégrinations de trois frères expulsés du Royaume de leur père, comment la sagacité, la perspicacité, le hasard peuvent parfois amener à faire des découvertes heureuses de choses que l’on ne cherchait pas.

Développement du Concept

Dans leur ouvrage intitulé De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit. Leçons de l’inattendu (Ed. L’Act Mem, 2009), Pek van Andel et Danièle Bourcier expliquent la « sérendipité » comme une combinaison de hasard et de perspicacité, précisant que la chance ne se présente qu’à celui qui possède déjà une certaine capacité à la percevoir et à la saisir. Les auteurs mettent ainsi en exergue le côté positif de l’incertitude et l’impossibilité de tout prévoir. La notion de « sérendipité » allie ainsi le hasard (les circonstances) et un esprit vif et astucieux. Elle s'appuie sur la capacité à émettre un « éclair intuitif » à partir d'un fait nouveau, en prenant racine dans le contexte empirique dans lequel le fait se déroule.
 
Le concept de « sérendipité » vise à rendre compte de découvertes historiques aussi inattendues (contraires aux prévisions) qu’essentielles (signification sociale importante pouvant remettre en question des principes dominants de l’époque), à l’instar de celle de Christophe Colomb qui sut, en route vers les Indes orientales, « tirer profit de circonstances imprévues » pour découvrir le continent américain. La sérendipité est donc un état d’esprit qui consiste à découvrir de façon inattendue un résultat original (singularité) et à en tirer partie en réorientant ses objectifs, pour renouveler un champ de connaissances.

La découverte de résultats inattendus peut parfois s'avérer en contradiction avec l'état actuel des connaissances. Mais loin de constituer un frein à la fécondité théorique, elle peut aussi éveiller la curiosité du chercheur. Elle l’encourage à faire preuve d’imagination en trouvant un sens à ce qu’il observe ailleurs que dans un modèle déjà testé. Cela peut alors le conduire à formuler de nouvelles hypothèses, à élaborer une théorie inédite ou à en élargir sa portée. La « sérendipité » a d’abord été associée au domaine des sciences pures, étant au centre de nombreuses inventions aussi importantes que disparates, telles que la radioactivité, la fission nucléaire, la pénicilline ou le velcro.

Pour qu’un exemple de sérendipité se produise (obtenir de faits incongrus, un résultat probant), plusieurs conditions doivent être réunies: un accident (une crise), de l’observation (capacité d'analyse et de compréhension), de la sagacité (intelligence de situation/discernement), de la motivation (courage et détermination) et un micro-environnement (contexte favorable/chance). L'usage de ce terme en sciences sociales est généralement attribué au sociologue Robert K. Merton. Dans Éléments de théorie et de méthode sociologique (1949), il définira la  « sérendipité » à travers l’aptitude à générer des données inattendues, aberrantes et capitales.
 

Conclusion

La sérendipité peut donc se voir comme l'observation de faits étonnants, qui semblent contradictoires avec les faits ou la théorie établis, suivie d’un bon usage de la logique, de la déduction et de l'induction (élaboration de propositions à partir de faits étonnants – cf démarche abductive), en vue de proposer des résultats probants et argumentés, avec un sens de l’opportunité assumé (à la frontière des arts et des sciences). De ce fait, la sérendipité ne porte que sur le possible. Elle consiste à tirer de faits étonnants, des conjectures qu’il conviendra par la suite d'affiner et de discuter dans des travaux ultérieurs. A l’origine, Christoph colomb accoste dans l’archipel des Bahamas. Il faudra attendre son troisième voyage pour qu'il découvre dans les faits le continent américain.... Ainsi, la sérendipité, c'est la capacité pour tout individu d'accepter l'incertitude et d’expérimenter, "bricoler" et interpréter différentes situations, quitte à échouer, en vue de saisir le moment venu et en fonction des circonstances des contextes propices à la réalisation de réussites éclatantes.

Pour aller plus loin

Bourcier D, van Andel P., Le Tour du monde de la sérendipité en 80 récits, Tredaniel, 2016 .
Bourcier D, van Andel P., De la sérendipité dans la science, la technique, l'art et le droit, Hermann, 2e édition, 2013.
Bourcier D, van Andel P., La sérendipité, le hasard heureux, (ed.) Hermann, 2011






Nouveau commentaire :
Facebook Twitter