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Charles Wright Mills ou l’élite du pouvoir

27/03/2020



Charles Wright Mills, universitaire américain atypique fut une icône de la gauche intellectuelle des années 1960. Il entreprend une vigoureuse critique de la pensée conservatrice et portera un regard sarcastique sur les puissants. Mort prématurément à l’âge de 45 ans, il est principalement connu pour sa dénonciation de la concentration des pouvoirs aux Etats-Unis et le déclin de la vie démocratique américaine.



La collusion des pouvoirs

Charles Wright Mills (au premier plan) / Flickr (Institute for Policy Studies) (CC)
Charles Wright Mills (au premier plan) / Flickr (Institute for Policy Studies) (CC)
Son ouvrage, L'élite du pouvoir peut se voir comme une analyse méthodique et critique de la classe dirigeante américaine. Pour C.W. Mills, à l'intérieur de la société américaine, l’essentiel du pouvoir national réside dans trois domaines interreliés que sont les cercles politique, économique et militaire, créant une collusion des pouvoirs (« ensemble complexe de coteries entrecroisées »), néfaste à la vie démocratique.

Les autres institutions semblent en marge de l’histoire moderne, et, parfois, elles paraissent se soumettre aux trois premières. Aucune famille n’exerce dans les affaires nationales un pouvoir aussi direct que celui d’une grande entreprise. Aucune institution religieuse n’exerce sur la vie des jeunes Américains un pouvoir aussi direct que celui de l’organisation militaire. De même, aucune université ne peut prendre des décisions aussi lourdes de conséquences que celles du Conseil de la défense nationale.

Dès les années 1950, l’auteur fait le constat que les institutions religieuses, scolaires et familiales aux Etats-Unis, ne sont plus des centres autonomes de pouvoir. Au contraire, ces domaines jusqu’à présent décentralisés, sont désormais soumis au pouvoir des trois grands, « les Hautes sphères », qui sont les seuls à prendre des décisions d’importance capitale et immédiate.

Ces pouvoirs, avides de « prestige », s’imbriquent à leur sommet et empêchent l’opinion de disposer d’un réel pouvoir démocratique.

Une élite aux pratiques douteuses

Pour Charles Wright Mills, ce sont donc les gouvernements, les armées et les entreprises qui façonnent l’organisation sociale; et par là même, transforment les institutions moins puissantes, comme la cellule familiale, les institutions religieuses ou les unités d’enseignement (écoles, universités) en « moyens », en vue d’atteindre leurs fins.

Selon l’auteur, tout est fait pour légitimer le pouvoir et les décisions de ces trois grandes institutions que sont l’Etat, le système militaire et les grandes entreprises. Ces classes dominantes sont puissantes car elles occupent des positions institutionnalisées de pouvoir au sein de ces trois grands cercles qui forment un groupe consistant et cohésif. Le pouvoir n’existe donc pas en dehors du cadre de ces institutions. L’autorité des puissants procède davantage de leurs positions institutionnelles que de caractéristiques qui leur seraient propres.

Ce sociologue d’inspiration critique dénonce aussi l'élite au pouvoir qui entend s'appuyer, dans son entreprise de concentration des pouvoirs, sur les médias de masse que sont les « célébrités » comme sur les intellectuels qui prêchent, par naïveté ou intérêt, un faux pluralisme comme garde-fou de la démocratie. La foi dans le pluralisme, dont le fort ancrage est lié à l’absence de passé féodal, n’est que le vernis idéologique qui masque le pouvoir asymétrique de « groupes privilégiés » que sont « les grands patrons de l’industrie » , les « seigneurs de la guerre  » et les membres du « directoire de la politique » qui composent l'élite du pouvoir. 

L'élite du pouvoir dispose ainsi de relais médiatiques, capables de charmer l’opinion publique et de la détourner d’une démarche critique pourtant nécessaire.

Conclusion

A l’instar du sociologue Pierre Bourdieu en France, Charles Wright Mills a cherché à sensibiliser l’opinion publique américaine, à la « conscientiser. Le travail sociologique de C. Wright Mills a notamment permis, par sa démarche critique, de revisiter l'histoire de la sociologie américaine, de repenser la question du pouvoir (collusion des cercles politiques, économiques et militaires) et des institutions (le pouvoir individuel se base sur le pouvoir institutionnel). Il met également en lumière l’importance de la stratification sociale aux Etats-Unis qui tend à positionner les individus en différentes couches sociales dans un système organisé et hiérarchisé (inégalités dans l’accès et la répartition des ressources).

Pour aller plus loin

Mills C.W., L’élite du pouvoir, Masperon, 1969.
Mills C.W., L’imagination sociologique, Oxford University Press, 1959.
Mills C.W., The New Men of Power, University of Illinois Press (reprint), 2001.
Mills C.W., White Collar: The American Middle Classes, Oxford University Press, 1951.






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