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Attentats isolés: la fin de l’Etat Islamique ?

Hubert De LANGLE
22/12/2020



Tous deux experts des questions de sécurité nationale et du phénomène terroriste, Christian Chocquet et Éric Delbecque nous offrent une analyse des processus de radicalisation. Ils livrent dans leur ouvrage « Quelle stratégie contre le djihadisme ? » une fine analyse des processus de radicalisation. Dans cette interview, nous décrypterons cette menace en mutation.



Pensez-vous que le caractère isolé des derniers attentats en Europe trahit la fin de l’organisation État Islamique ?

L’histoire nous montre que, malheureusement, il n’y a pas de lien direct entre le sort des organisations classées terroristes et l’activité terroriste proprement dite. Après les attentats de 2001 Al Qaïda a été démembrée, ses sanctuaires afghans sont tombés, ses cadres ont été tués, faits prisonniers ou réduits à la clandestinité. Cela n’a pas empêché les attentats de se multiplier et de se propager dans le monde entier. Par nature, le terrorisme est l’arme du faible, c’est un mode d’action qui permet de disposer d’un pouvoir de nuisance infiniment supérieur aux capacités militaires, budgétaires ou politiques de celui qui l’utilise. Il existe un lien de connexité entre l’État islamique et les vagues d’attentats, mais pas de relation mécanique, d’autant que les réseaux djihadistes sont très informels et recourent peu à la clandestinité.


Peut-on considérer que cette radicalisation, sans structure, puisque l’État Islamique disparaît, est plus dangereuse que celle que l’on connaissait ?

C’est l’une des caractéristiques de la violence terroriste djihadiste, depuis une vingtaine d’années, de fonctionner sans structures. Les organisations européennes qui pratiquaient le terrorisme, comme l’IRA en Irlande du Nord ou ETA au Pays basque étaient structurées, elles finançaient leurs membres qui évoluaient souvent dans la clandestinité. Les opérations étaient planifiées, il y avait une hiérarchie, une administration interne souvent rigoureuse. Rien de tel chez les salafistes djihadistes qui fonctionnent de façon tellement déconcentrée qu’on a pu parler de franchises. L’inspiration est commune, les idées circulent essentiellement de façon immatérielle, les contacts entre les donneurs d’ordre et les individus qui passent à l’acte sont souvent virtuels, parfois même inexistants. Chacun se détermine et frappe selon son inspiration et ses moyens. La violence est donc beaucoup moins professionnelle, les auteurs étant peu ou pas formés et disposant souvent de moyens très limités. Elle est aussi beaucoup plus imprévisible, car les auteurs sortent souvent de nulle part. Or c’est ce caractère imprévisible qui donne toute sa force, dans l’opinion, à l’action terroriste.


Pensez-vous à un modèle stratégique dont la France pourrait s’inspirer pour lutter contre les attentats isolés ?

Dans le contexte actuel, il est illusoire de penser que l’on peut, d’une façon ou d’une autre, mettre fin de façon certaine aux attentats isolés à court ou moyen terme. Les attentats qui demandent une préparation et l’implication de plusieurs personnes peuvent être déjoués par les services et il s’en déjoue très régulièrement. En revanche, rien ne permettra d’éviter qu’un individu un peu fragile psychologiquement et vulnérable à la propagande djihadiste prenne un couteau de cuisine ou sa voiture pour tuer quelqu’un en bas de chez lui. La seule stratégie est une stratégie de long terme qui s’attaque à la cause profonde de la situation actuelle : la capacité des salafistes djihadistes à attirer dans leurs rangs toujours plus d’adeptes, simples sympathisants ou activistes. La faiblesse des terroristes c’est généralement d’être isolés. Quand on arrêtait les membres d’Action directe ou de la Fraction armée rouge, c’était terminé. Rien de tel avec les djihadistes chez qui les têtes repoussent et qui n’ont cessé de gonfler leurs rangs depuis vingt ans.


Est-il risqué d’avancer que le commando du 13 novembre à Paris était le dernier dans son genre ?

Quels sont les moyens nécessaires pour se livrer à des attaques du type de celle de 2015 ? Quelques hommes déterminés disposant d’une formation basique, quelques fusils d’assauts, des véhicules et des munitions. Rien ne permet de dire que ces conditions ne seront plus remplies à l’avenir. La chute de l’État islamique au Levant n’a qu’une conséquence concrète : moins de jeunes Français auront la possibilité de connaître le feu et de profiter d’un certain aguerrissement qu’ils pourraient mettre à profit dans ce type d’action. Cela ne signifie pas pour autant que des opérations du type Bataclan ne peuvent plus être montées.







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