Ces tunnels défient la science : et s’ils étaient la trace d’une forme de vie jamais vue ?

Des structures mystérieuses dans le marbre des déserts pourraient révolutionner notre compréhension de la vie microbienne.

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Ces tunnels défient la science : et s’ils étaient la trace d’une forme de vie jamais vue ?
Ces tunnels défient la science : et s’ils étaient la trace d’une forme de vie jamais vue ? © RSE Magazine

Une découverte fascinante fait parler les géologues et les microbiologistes. Dans les déserts de Namibie, d’Oman et d’Arabie Saoudite, on a mis au jour des structures étonnantes dans le marbre et le calcaire, qui pourraient révéler l’activité d’une forme de vie microbienne encore inconnue. Ces micro-tunnels fossilisés, qui pourraient modifier notre compréhension du cycle du carbone, attirent l’attention des chercheurs et des climatologues.

Une découverte qui intrigue dans les déserts

Il y a plus de 15 ans, le professeur Cees Passchier de l’université Johannes Gutenberg de Mayence a repéré pour la première fois ces micro-tunnels dans le désert namibien, rapporte le magazine Science et Vie. Ces structures, âgées de 1 à 3 millions d’années, ont une régularité surprenante. Les micro-tunnels, droits et parallèles, mesurent à peine 0,5 mm de large et vont jusqu’à 3 cm de profondeur. Ils s’organisent en bandes perpendiculaires à la surface de la roche et sont souvent associés à des fractures naturelles, bien qu’ils soient invisibles à l’œil nu.

Les analyses isotopiques et spectroscopiques ont été menées avec l’aide de Trudy Wassenaar, consultante en microbiologie, pour étudier ces micro-organismes extrémophiles.

Ce que révèle la chimie des micro-tunnels

Chaque cavité est comblée par un dépôt de carbonate de calcium (CaCO₃) chimiquement distinct de la roche hôte. Les parois des micro-tunnels présentent des enrichissements en phosphore et en soufre, tandis que le remplissage est appauvri en fer, manganèse, strontium et terres rares. Ces particularités chimiques laissent penser à un processus où le CaCO₃ est dissous par des acides organiques pour extraire des nutriments, ainsi qu’à une activité microbienne accrue.

L’équipe a utilisé la spectroscopie Raman pour identifier du carbone organique fossile, ce qui suggère la dégradation de cellules autrefois vivantes. Ces éléments renforcent l’hypothèse que ce micro-organisme pourrait influencer le cycle du carbone en libérant du CO₂ ou d’autres composés carbonés.

Ce qu’on en suppose et pourquoi ça compte

Les chercheurs proposent que ces organismes, agissant collectivement comme une entité auto-organisée, affichent ce qu’ils appellent une « intelligence chimique », ce qui pourrait influencer notre classification biologique. L’agencement régulier des micro-tunnels est interprété comme le signe d’une stratégie de chimiotactisme élaborée, où les cellules détectent et évitent les zones déjà exploitées en répondant à des gradients chimiques.

La dissolution continue des roches carbonatées par ces micro-organismes pourrait modifier non seulement les modèles actuels du cycle global du carbone, mais aussi révéler une biodiversité inattendue. Étant donné le rôle des roches carbonatées comme réservoirs de carbone, intégrer ce phénomène changerait notre vision de l’écologie souterraine.

Les méthodes rigoureuses ont permis d’écarter toutes les causes abiotiques possibles pour expliquer ces micro-tunnels, comme le précise Cees Passchier : « Nous avons éliminé toutes les causes abiotiques ». Pourtant, aucune trace exploitable d’ADN ou de protéines n’a encore été retrouvée, sans doute à cause de l’âge des structures et des conditions extrêmes des déserts.

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