Sous l’effet des nouvelles règles européennes, les fonds ESG revoient massivement leur identité. Une récente étude de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) montre que près des deux tiers d’entre eux ont modifié leur nom pour se conformer à des exigences plus strictes. Derrière ces changements s’opère une recomposition profonde de l’investissement responsable, entre clarification pour les investisseurs et repositionnement stratégique des sociétés de gestion.
Fonds ESG et nouvelles règles européennes : un choc de transparence
De nouvelles lignes directrices de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) encadrent l’usage de termes liés à la durabilité, à la taxonomie européenne et aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les noms de fonds. L’objectif affiché est double : réduire les risques de greenwashing et renforcer la protection des investisseurs dans un marché devenu complexe.
La première leçon de l’étude de l’ESMA tient à l’ampleur des ajustements. Selon l’analyse publiée en décembre 2025, 64% des fonds concernés ont changé de nom avant même la date butoir de mise en conformité fixée à mai 2025. Ce mouvement touche principalement les fonds ESG qui utilisaient des termes environnementaux ou de durabilité sans respecter pleinement les nouveaux critères harmonisés.
En effet, les lignes directrices imposent désormais qu’au moins 80% des investissements d’un fonds servent réellement des caractéristiques environnementales ou sociales, ou un objectif d’investissement durable, conformément à la taxonomie européenne. Dès lors, de nombreux gestionnaires ont préféré retirer toute référence explicite à l’ESG dans leurs noms, afin d’éviter un décalage entre communication et stratégie réelle. Cette clarification vise avant tout à améliorer la lisibilité du marché.
Pourquoi les fonds ESG retirent ou modifient leurs noms
Dans le détail, l’étude révèle que parmi les fonds ESG ayant changé de nom, 61% ont supprimé totalement les termes ESG, tandis que 21% ont adopté une terminologie jugée moins contraignante. Ainsi, des mots comme « sustainable » (« durable ») ont parfois été remplacés par des formulations plus neutres ou techniques, en lien avec des approches de sélection ou de notation.
Par ailleurs, les gestionnaires ont fait preuve de créativité lexicale. L’ESMA observe l’émergence de nouveaux noms intégrant des termes tels que « select », « screened » ou « advanced ». Ces appellations permettent d’éviter l’usage direct de références ESG tout en conservant un positionnement responsable implicite. Ce phénomène illustre une adaptation stratégique, mais aussi les limites du cadre réglementaire, qui encadre les mots sans dicter les choix d’investissement précis.
Des effets concrets sur les politiques d’investissement ESG
Au-delà des noms, les nouvelles règles ont entraîné des changements substantiels dans les pratiques. Selon l’étude, 56% des fonds analysés ont modifié leur politique d’investissement, notamment en renforçant leurs exclusions ou en ajustant leurs seuils de sélection. Cette évolution traduit un alignement plus étroit entre discours commercial et réalité des portefeuilles.
Les effets sont particulièrement visibles sur l’exposition aux énergies fossiles. L’ESMA indique que, parmi un échantillon élargi de fonds ESG représentant environ 2.000 milliards d’euros d’actifs, l’exposition cumulée aux titres liés aux combustibles fossiles a reculé après la mise en œuvre des nouvelles règles. Plus précisément, les fonds ayant conservé des références ESG dans leurs noms ont réduit cette exposition de plus de 40%, soit environ 5 milliards d’euros, selon l’autorité européenne. Cette donnée confirme que la contrainte réglementaire peut influencer concrètement l’allocation du capital.
Dans son étude, l’ESMA souligne d’ailleurs que « les lignes directrices ont amélioré la cohérence dans l’utilisation des termes ESG en renforçant l’alignement entre les noms des fonds et leurs stratégies d’investissement, et ont renforcé la protection des investisseurs en réduisant les risques de greenwashing », fait savoir l’Autorité européenne des marchés financiers.








