Transport de CO2 : NaTran teste le marché dans le nord de la France

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Transport Co2 Natran
Transport de CO2 : NaTran teste le marché dans le nord de la France © RSE Magazine

NaTran (anciennement GRTgaz) enclenche une nouvelle étape pour la décarbonation industrielle française. En lançant un appel à manifestation d’intérêt dédié au transport inter-régional de CO2 dans le quart nord de l’Hexagone, la société teste l’appétence des industriels pour une infrastructure mutualisée, appelée à devenir une colonne vertébrale du captage et du stockage du carbone.

Un projet d’infrastructure inédit

Le projet présenté par NaTran repose sur une idée centrale. Mutualiser le transport de CO2 à l’échelle de plusieurs régions industrielles que sont les Hauts-de-France, le Grand Est, la Normandie et l’Ile-de-France. Dans ce cadre, l’opérateur de transport gazier devenu acteur clé de la transition énergétique propose la création d’un réseau inter-régional de canalisations dédiées. Ce réseau doit relier les principaux sites émetteurs de CO2 aux zones de valorisation et aux points d’export vers le stockage géologique. Ainsi, le CO2 capté sur les sites industriels ne serait plus géré localement, mais intégré dans une chaîne logistique à grande échelle, pensée pour durer.

Concrètement, NaTran a lancé un appel à manifestation d’intérêt afin d’identifier les volumes potentiels de CO2 à transporter, mais aussi la diversité des acteurs concernés. L’initiative s’adresse aux industriels lourds, aux gestionnaires de déchets, aux exploitants d’unités de biomasse ou de méthanisation, ainsi qu’aux porteurs de projets de valorisation du CO2, notamment dans les carburants de synthèse. En élargissant ainsi le périmètre, NaTran cherche à mesurer la profondeur réelle du marché, tout en évaluant la pertinence économique d’un transport inter-régional mutualisé.

Le dimensionnement envisagé est significatif. Le réseau projeté atteindrait environ 1.000 kilomètres de long, traversant quatre régions fortement industrialisées. À terme, l’infrastructure pourrait transporter jusqu’à 10 millions de tonnes de CO2 par an, d’origine fossile et biogénique. Ce volume représenterait environ 13% des émissions de l’industrie manufacturière française, ce qui souligne l’ampleur du levier envisagé pour la décarbonation industrielle.

Une chaîne industrielle en construction

Le transport inter-régional de CO2 n’a de sens que s’il s’inscrit dans une chaîne complète. NaTran l’assume pleinement. Le projet vise à connecter les installations de captage aux solutions de stockage et de valorisation existantes ou en développement. Dans cette logique, le port de Dunkerque occupe une place centrale. Le CO2 transporté pourrait y être acheminé, avant d’être envoyé vers des sites de stockage géologique permanent situés en mer du Nord.

Cette perspective s’appuie sur des projets déjà engagés. En juin 2024, NaTran a signé un partenariat stratégique avec Equinor afin de développer une chaîne de transport et de stockage du CO2 reliant Dunkerque à la Norvège. Le projet DKHARBO, porté par NaTran, s’inscrit précisément dans ce cadre. Il prévoit l’acheminement du CO2 capté vers des stockages géologiques offshore, via un carboduc sous-marin connecté aux infrastructures norvégiennes développées par Equinor. Les études de préfaisabilité de cette infrastructure sont déjà réalisées.

Les données chiffrées confirment l’urgence industrielle. Pour la seule zone du bassin industriel de Dunkerque, NaTran estime un besoin de transport d’environ 3,5 millions de tonnes de CO2 à l’horizon 2030-2035, selon les informations publiées sur son site officiel. Cette estimation illustre le décalage croissant entre les capacités locales de gestion du CO2 et les volumes d’émissions résiduelles que les industriels ne peuvent éviter par d’autres leviers de décarbonation.

Dans ce contexte, le transport inter-régional devient un maillon critique. Sans infrastructure mutualisée, les projets de captage resteraient fragmentés, coûteux et difficiles à rentabiliser. À l’inverse, un réseau ouvert permettrait de réduire les coûts unitaires, tout en sécurisant les investissements industriels sur le long terme. NaTran insiste d’ailleurs sur le caractère évolutif du projet, pensé pour intégrer progressivement de nouveaux sites émetteurs de CO2 au fil du temps.

CO2 et décarbonation industrielle : un projet encore exploratoire

Malgré son ambition, le projet en est encore à un stade amont. L’appel à manifestation d’intérêt lancé par NaTran est explicitement non engageant. Ouvert du 16 décembre 2025 au 28 février 2026, il vise avant tout à confirmer l’existence d’un marché suffisamment mature. Les réponses permettront d’identifier les volumes potentiels de CO2, mais aussi les usages envisagés, qu’il s’agisse de stockage géologique ou de valorisation industrielle.

À l’issue de cette phase, NaTran se réserve la possibilité de lancer une étude de faisabilité technique approfondie. Cette étude conditionnera la poursuite du projet, tant sur le plan économique que réglementaire. Le groupe souligne que les travaux préparatoires s’appuient déjà sur des études de potentiel menées avec des industriels ou financées via des dispositifs publics comme ZIBAC. Néanmoins, aucune décision d’investissement n’est actée à ce stade, ce qui reflète la prudence du gestionnaire d’infrastructures face aux incertitudes du marché du CO2.

Le discours tenu par la direction illustre cette approche progressive. « La décarbonation de l’industrie française est un enjeu central pour assurer la pérennité de nos entreprises », a déclaré Anthony Mazzenga, directeur du développement de NaTran. Selon lui, le transport du CO2 résiduel, lorsqu’il ne peut être évité, constitue un complément indispensable aux autres solutions de décarbonation, notamment pour valoriser le CO2 biogénique.
Ce positionnement s’inscrit dans un cadre européen plus large. L’Union européenne a identifié le captage, le stockage et la valorisation du CO2 comme des options stratégiques pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, notamment via le règlement Net-Zero Industry Act adopté en mai 2024. La France, de son côté, considère ces technologies comme particulièrement adaptées au traitement des émissions industrielles résiduelles incompressibles.

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