Pollution invisible : passagers et riverains exposés autour des aéroports

La pollution en cabine provient en grande partie de l’air extérieur aspiré par les moteurs lorsque l’avion se trouve sur les pistes.

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Pollution invisible : passagers et riverains exposés autour des aéroports © RSE Magazine

La pollution mesurée dans les cabines d’avion et autour des aéroports atteint parfois des niveaux jugés préoccupants. Des travaux, menés notamment par des chercheurs français et européens, interrogent les effets de cette pollution sur la santé et relancent le débat sur l’aviation et la qualité de l’air.

Pollution dans les cabines d’avion : ce que révèlent les études récentes

La pollution observée à bord des avions n’est plus une hypothèse marginale. Au contraire, plusieurs équipes de chercheurs ont mené une étude approfondie sur la qualité de l’air en cabine, en se concentrant sur les particules fines et, plus précisément, les particules ultrafines. Or, ces éléments invisibles à l’œil nu pénètrent profondément dans l’organisme. Ainsi, selon une enquête relayée par The Guardian, les passagers peuvent être exposés à des concentrations de pollution extrêmement élevées durant certaines phases du vol, notamment lorsque l’avion est encore au sol.

En effet, la pollution en cabine varie fortement selon les moments. Pendant la croisière en altitude, les niveaux restent faibles grâce aux systèmes de filtration. En revanche, lors de l’embarquement, du roulage sur le tarmac et de l’atterrissage, la pollution augmente nettement. Les chercheurs ont mesuré des concentrations de particules fines dépassant de plus de deux fois les seuils considérés comme élevés par l’Organisation mondiale de la santé, selon The Guardian. Par conséquent, même si le temps d’exposition est limité, la répétition des vols pose question, en particulier pour les personnels navigants.

Cette pollution en cabine provient en grande partie de l’air extérieur aspiré par les moteurs lorsque l’avion se trouve sur les pistes. Or, les aéroports concentrent de nombreuses sources d’émissions : moteurs d’avion, véhicules de piste, groupes électrogènes et trafic routier. Ainsi, la cabine devient, temporairement, un espace clos où la pollution ambiante pénètre malgré les filtres, comme l’explique également CNEWS.

Pollution autour des aéroports : des niveaux comparables aux grands axes routiers

La pollution ne se limite pas à l’intérieur de l’avion. Autour des aéroports, les concentrations de particules fines et ultrafines sont également élevées. Plusieurs études menées ces dernières années montrent que ces zones sont de véritables points noirs de la pollution atmosphérique. Par exemple, une campagne de mesures réalisée en Île-de-France a mis en évidence des niveaux de pollution autour de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle comparables à ceux du boulevard périphérique parisien, selon Airparif dans une publication datée du 29 février 2024.

Airparif a mesuré une concentration moyenne de 23 000 particules ultrafines par centimètre cube à proximité immédiate des pistes, et encore 17 900 particules par centimètre cube à un kilomètre de distance. Or, ces valeurs sont supérieures à celles observées dans de nombreuses zones urbaines denses. De plus, la pollution générée par l’aviation peut se propager sur plusieurs kilomètres, affectant des quartiers résidentiels entiers.

Cette situation s’explique par la nature même des émissions aéronautiques. Les moteurs d’avion produisent des particules ultrafines issues de la combustion du kérosène. Ces particules, extrêmement petites, ne sont pas toujours prises en compte par les dispositifs réglementaires actuels. D’ailleurs, CNEWS rappelle que ces particules fines échappent en grande partie aux lois sur la pollution atmosphérique, faute de normes spécifiques et de dispositifs de mesure généralisés.

Pollution, santé et aviation : des conséquences encore mal évaluées

La pollution liée à l’aviation soulève enfin des inquiétudes sanitaires croissantes. Les particules ultrafines sont capables de franchir les barrières pulmonaires et de se diffuser dans le système sanguin. De ce fait, les chercheurs s’interrogent sur leurs effets à long terme sur la santé des passagers fréquents et des riverains d’aéroports. Selon The Guardian, ces particules sont « impossibles à voir et souvent manquées par les techniques de surveillance classiques », ce qui complique l’évaluation précise des risques.

Cependant, plusieurs signaux convergent. Les populations vivant à proximité des aéroports présentent une exposition chronique à cette pollution, comparable à celle observée près des grands axes routiers. De plus, les personnels navigants, soumis à des expositions répétées en cabine, pourraient être concernés à long terme. Si aucune étude épidémiologique définitive n’a encore établi de lien direct, les scientifiques appellent à la prudence et à un renforcement des mesures de surveillance. 

Ces découvertes relancent le débat sur la responsabilité de l’aviation dans la pollution globale. Longtemps focalisée sur les émissions de CO₂ et le climat, la discussion intègre désormais la pollution de l’air local, tant dans les cabines d’avion que dans les aéroports. Les chercheurs plaident pour une meilleure prise en compte des particules fines dans les normes environnementales, estimant que la pollution liée à l’aviation reste largement sous-estimée à ce stade.

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