Le 4 décembre 2025, l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) a jugé la sûreté du projet Cigéo « satisfaisante en l’état », confirmant la viabilité de ce stockage profond pour les déchets nucléaires français. L’enjeu est de taille : le projet vise à confiner pour des centaines de milliers d’années les déchets nucléaires à haute activité (HA) et moyenne activité à vie longue (MA‑VL). L’acceptation technique marque une phase décisive dans cette trajectoire complexe.
Projet Cigéo : principe et volume des déchets
Le projet Cigéo — pour « Centre industriel de stockage géologique » — consiste à enfouir, en profondeur, les déchets nucléaires les plus dangereux, sous environ 500 mètres de roche argileuse, dans une zone située au croisement des départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Il s’agit spécifiquement des déchets de haute activité (HA) et des déchets de moyenne activité à vie longue (MA‑VL), produits par le parc nucléaire français, le traitement des combustibles usés, les recherches, ou encore la défense.
Selon les estimations, le volume de déchets à gérer dans Cigéo s’élève à environ 83 000 m³ — dont environ 10 000 m³ de déchets HA et 73 000 m³ de déchets MA‑VL. Ces volumes, bien que modestes comparés au total des déchets radioactifs générés en France, concentrent l’essentiel de la radioactivité — l’enjeu de confinement est donc déterminant.
L’état actuel de l’autorisation : ce que l’ASNR a examiné
La procédure d’autorisation a officiellement démarré avec la demande déposée par l’ANDRA le 16 janvier 2023. L’instruction menée par l’ASNR s’appuie sur l’expertise de l’ex‑IRSN et des groupes permanents d’experts déchets. Elle comprend l’évaluation des données de base, la sûreté en phase d’exploitation, et, plus récemment, la sûreté après fermeture du site.
Jeudi 4 décembre 2025, l’ASNR a estimé que le projet répond « en l’état » aux attentes en matière de sûreté — une condition nécessaire pour envisager un lancement de l’enquête publique. Selon le calendrier annoncé alors, l’enquête publique pourrait se tenir au second semestre 2026, en vue d’une décision gouvernementale d’autorisation de création du site, potentiellement vers 2027–2028.
Ce qu’il reste à mettre en place avant validation définitive
Malgré l’avis favorable de l’ASNR, plusieurs conditions restent à satisfaire avant toute mise en œuvre effective du projet :
- L’ouverture d’une enquête publique, permettant la participation du public et des collectivités concernées, comme le prévoit la décision n° 2025/148/CIGéO/15 du 5 novembre 2025.
- La phase industrielle pilote : même après autorisation, seule une partie restreinte de l’installation sera d’abord mise en service, afin de tester en conditions réelles la réversibilité, la sécurisation des colis radioactifs, le comportement des barrières, et les mécanismes de surveillance.
- Des garanties techniques sur la qualité des infrastructures souterraines et des matériaux de scellement, ainsi qu’un suivi long terme rigoureux, pour garantir la sûreté pendant des milliers voire centaines de milliers d’années.
Ces étapes sont indispensables avant tout début de stockage : l’avis de l’ASNR, bien que favorable, n’emporte pas mise en service immédiate.








