Le 20 novembre 2025, alors que la COP30 se tient à Belém, en Amazonie, les ONG Reclaim Finance et Canopée publient un rapport explosif sur la déforestation et le rôle des banques françaises. Selon ce travail d’enquête, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et le groupe BPCE ont participé depuis janvier 2024 à cinq opérations de financement représentant l’équivalent d’environ 9,2 milliards d’euros au bénéfice des négociants de soja Bunge et Cargill, deux groupes déjà pointés pour leur exposition élevée à la déforestation en Amazonie.
Déforestation et flux financiers : ce que révèlent les ONG sur les banques françaises
Les ONG Reclaim Finance et Canopée décrivent un enchaînement précis entre financement bancaire, commerce de soja et déforestation. Elles affirment que les quatre grandes banques françaises ont participé à cinq transactions financières en faveur de Bunge et Cargill entre janvier 2024 et août 2025, pour un montant total de 10 milliards de dollars, soit environ 9,2 milliards d’euros, selon le communiqué de Reclaim Finance publié le 20 novembre 2025. Ces financements prennent la forme de prêts syndiqués et d’émissions obligataires, ce qui montre que la déforestation en Amazonie ne repose pas uniquement sur des acteurs locaux, mais aussi sur le fonctionnement ordinaire des marchés de capitaux.
Reclaim Finance et Canopée estiment que les chaînes d’approvisionnement de ces négociants sont associées à un risque de déforestation couvrant 102 800 hectares au Brésil depuis 2024, d’après leur note d’analyse sur la déforestation. Elles recensent 649 cas de destruction de forêt à proximité des infrastructures de Bunge et Cargill en Amazonie, représentant plus de 18 500 hectares, et 273 cas de déforestation entre janvier 2024 et octobre 2025 dans un rayon de 50 kilomètres autour de certains silos.
Pour relier ces chiffres de déforestation aux acteurs financiers, les ONG expliquent avoir croisé plusieurs sources : imagerie satellitaire, cadastres brésiliens, localisation précise des silos, cartes de déforestation issues de la plateforme MapBiomas. L’objectif affiché est de démontrer que la déforestation en Amazonie n’est pas une abstraction lointaine, mais un risque directement alimenté par des décisions concrètes de financement. « Les financements des banques françaises sont révélateurs de leur manque d’ambition sur la déforestation », résument Reclaim Finance et Canopée dans leur communiqué commun, en soulignant que ces flux remettent en cause les engagements climat et les discours sur la responsabilité.
Politiques déforestation des banques : engagements affichés et failles mises en lumière
La force des accusations ne vient pas seulement des chiffres sur la déforestation, mais aussi de l’écart pointé entre les engagements des banques et leurs pratiques de financement. Reclaim Finance rappelle que BNP Paribas et Société Générale se sont dotées de politiques sectorielles visant la déforestation, avec l’objectif d’exclure les entreprises impliquées dans la déforestation en Amazonie après 2008, notamment dans les secteurs du soja et de l’élevage. En parallèle, Crédit Agricole et Société Générale mettent en avant des engagements climat et des politiques forêt présentées comme alignées avec un objectif de déforestation nulle. Pourtant, les ONG estiment que ces politiques restent largement insuffisantes.
Selon Reclaim Finance, les dispositifs existants souffrent d’un champ d’application limité, d’objectifs peu précis et de critères d’exclusion trop faibles pour réellement couper les liens entre financement bancaire et déforestation. Notre Affaire à Tous rappelle ainsi qu’en 2021 BNP Paribas s’est engagée à exclure d’ici fin 2025 certaines entreprises impliquées dans la déforestation au Brésil, mais déplore qu’« aucune publication publique ne permet de vérifier l’état d’avancement de cet engagement ». L’association souligne aussi que BNP Paribas aurait tiré l’équivalent d’environ 745 millions d’euros de revenus entre 2016 et 2024 du financement de 50 entreprises accusées de déforestation, dont près de 90 % dans le secteur de la pâte à papier, selon son analyse des flux financiers.
Le cas du groupe BPCE est emblématique d’un autre enjeu pour la RSE bancaire : l’existence ou non de politiques ciblées sur la déforestation. Reclaim Finance indique que BPCE ne dispose pas encore de politique spécifique sur la déforestation, même si le groupe affirme vouloir publier une démarche dédiée d’ici la fin 2025. Dans une dépêche reprise par plusieurs médias, le groupe BPCE critique vigoureusement le travail des ONG, en évoquant des « chiffres invérifiables, sans méthodologie explicite » et « sans preuve apportée », tout en réaffirmant sa volonté de clarifier sa stratégie.
BNP Paribas adopte une autre ligne : la banque explique à l’AFP que ses clients devront avoir mis en œuvre un objectif de « zéro déforestation » d’ici fin 2025 et que « la conformité des clients avec cette politique sera évaluée courant 2026 ».








