Déforestation : comment le Brésil réorganise sa gouvernance environnementale

En amont de la COP30, le Brésil affiche une réduction de 11 % de la déforestation en Amazonie. Cette évolution traduit une réforme en profondeur des institutions environnementales et une stratégie de gouvernance publique axée sur la durabilité.

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Déforestation : comment le Brésil réorganise sa gouvernance environnementale © RSE Magazine

Le 30 octobre 2025, le gouvernement brésilien a annoncé que la déforestation en Amazonie avait reculé de 11,08 % entre août 2024 et juillet 2025, selon les données du système PRODES de l’Institut national de recherches spatiales (INPE). Ce résultat marque une inflexion importante dans les politiques environnementales du Brésil. Il s’inscrit dans une démarche institutionnelle que le président Lula veut exemplaire : replacer la forêt au cœur de la planification publique, du financement et de la diplomatie climatique.

Le retour de l’État dans la gouvernance environnementale

Cette baisse de la déforestation est d’abord le fruit d’un retour affirmé de l’État dans la régulation environnementale. Sous l’impulsion du ministère de l’Environnement dirigé par Marina Silva, le gouvernement a relancé les grands programmes publics de contrôle forestier, longtemps paralysés.

Le Plan d’action pour la prévention et le contrôle de la déforestation en Amazonie (PPCDAm), mis en sommeil dans les années 2020, a été réactivé dans sa cinquième phase. Il coordonne désormais 19 ministères et plusieurs agences fédérales, dont l’Ibama (Institut brésilien de l’environnement) et l’ICMBio, chargé de la conservation de la biodiversité. Selon un communiqué du gouvernement, cette approche interministérielle a permis d’« institutionnaliser la lutte contre la déforestation dans toutes les politiques publiques ».

Les résultats opérationnels sont tangibles. D’après AP News, l’Ibama a mené 9 540 inspections entre janvier et octobre 2025, soit une hausse de 38 % en un an, et infligé 2,85 milliards de réais d’amendes pour infractions environnementales. Ce regain de contrôle territorial s’appuie sur la surveillance satellitaire du système PRODES et sur des données ouvertes consultables par les États fédérés. « La réduction de la déforestation en Amazonie pour la troisième année consécutive confirme que l’agenda environnemental est prioritaire et transversal dans le gouvernement du président Lula », a déclaré Marina Silva dans un communiqué officiel.

Le Brésil a également renforcé la transparence de son dispositif. Depuis 2024, les données de l’INPE sont publiées mensuellement, assorties d’indicateurs de performance accessibles au public. Cette logique de gouvernance ouverte est soutenue par des partenaires internationaux, notamment la Norvège et l’Allemagne, via le Fonds Amazonie.

Politiques publiques et cohérence environnementale

La réduction de la déforestation s’inscrit dans une stratégie climatique plus large, intégrée aux politiques économiques et sociales du pays.

Le ministère de la Planification et celui de l’Agriculture participent désormais aux décisions environnementales. L’objectif affiché par Brasilia est double : concilier développement rural et conservation, tout en alignant les politiques publiques sur la trajectoire climatique de l’Accord de Paris. D’après le gouvernement, la baisse observée en Amazonie (− 11,08 %) et dans le Cerrado (− 11,49 %, soit 7 235 km² déboisés) aurait permis d’éviter 733,9 millions de tonnes de CO₂ équivalent depuis 2022.

Cette performance s’explique par la mise en cohérence des instruments financiers publics. Le Fonds Climat, réactivé en 2023, finance la restauration d’aires dégradées et soutient des initiatives locales de bioéconomie. Les crédits publics sont conditionnés à des critères environnementaux ; les banques de développement régionales, comme la BNDES, intègrent désormais des clauses de durabilité dans leurs prêts. Pour Marina Silva, « le défi n’est plus seulement de réduire la déforestation, mais de consolider une économie forestière durable ».

L’efficacité de cette politique repose aussi sur la coordination avec les États amazoniens. Huit des neuf États concernés ont enregistré un recul de la déforestation, selon El País. Seul le Mato Grosso demeure en hausse (+ 25 %), conséquence d’une pression agro-industrielle encore forte.

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