L’Union Européenne se trouve à un tournant de sa politique climatique alors qu’elle s’apprête à fixer ses objectifs de réduction des émissions pour 2040. La décision, attendue le 18 septembre par les 27 ministres de l’environnement, est déterminante non seulement pour l’Europe, mais aussi pour la scène internationale, afin de ne pas arriver les mains vides au sommet sur le climat de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Les dessous politiques et climatiques
La France préférerait que la décision se prenne au niveau du Conseil européen plutôt qu’en réunion ministérielle. Ce choix risque de retarder l’accord et de donner un droit de veto aux États les plus réticents aux mesures en faveur de l’écologie. Ce report pourrait aussi fragiliser la standing de l’UE lors de la COP30. En effet, une décision prise par les dirigeants exigerait l’unanimité, contrairement à un vote ministériel qui se contente d’une majorité qualifiée. Le Conseil européen ne se réunissant pas avant fin octobre, il y a bien moyen que les objectifs pour 2035 et 2040 ne soient plus parfaitement alignés, ce qui affaiblirait le premier.
Les objectifs liés à 2035, fixés en parallèle, doivent également être finalisés d’ici fin septembre, conformément à l’accord de Paris. Le sommet COP30, qui doit se tenir en novembre au Brésil, mettra pleinement ces ambitions sous les feux des projecteurs.
Les avis partagés dans l’UE
La Commission européenne propose de réduire les émissions nettes de 90 % d’ici 2040 par rapport à 1990, avec un palier intermédiaire pour 2035 qui viserait une baisse de 72,5 %. Néanmoins, tous les États membres ne voient pas les choses de la même manière. Le Danemark insiste pour que l’objectif de 2035 découle directement de celui de 2040 et tient à ce qu’ils soient votés ensemble le 18 septembre. De leur côté, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie préfèrent voir la discussion se faire au plus haut niveau, tandis que l’Italie demande « une discussion politique et plus de temps ». Par contre, l’Espagne, le Danemark, la Suède, la Finlande et la Slovénie défendent des cibles ambitieuses, alors qu’en Italie sous Giorgia Meloni et en Hongrie dirigée par Viktor Orbán, les vues divergent nettement.
Les conséquences d’un report
Si la fixation des objectifs est retardée, l’Europe pourrait se retrouver sans un mandat net lors de grands rendez-vous internationaux, comme l’Assemblée générale de l’ONU le 24 septembre ou la COP30 le 10 novembre à Belém, au Brésil. Le Haut Conseil pour le climat a alerté qu’un objectif ramené à -66 % en 2035 ferait dérailler la trajectoire de l’UE.
Face aux critiques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières, Bruxelles a revu sa proposition initiale. La nouvelle approche inclut une plus grande part des crédits carbone internationaux et une prise en compte plus importante du CO₂ capturé. Par ailleurs, grâce aux efforts diplomatiques français, le nucléaire est désormais considéré comme une énergie décarbonée, tout comme les énergies renouvelables.
L’engagement citoyen et les réactions politiques
Le débat sur les objectifs climatiques a aussi déclenché une forte mobilisation citoyenne. Le 12 septembre, une quarantaine de jeunes activistes s’est rassemblée devant le Conseil de l’Union européenne à Bruxelles pour dénoncer ce qu’ils jugent être un manque d’ambition. Lena Schilling, l’eurodéputée écologiste autrichienne, a même déclaré : « C’est comme donner les clés du camion de pompiers à un pyromane », rappelant ainsi les risques d’une action insuffisante face aux défis climatiques.








