Faut-il s’inquiéter : et si le climat signait la fin des bières ?

Le réchauffement climatique redéfinit l’univers de la bière, entre pénuries d’ingrédients et nouvelles attentes des consommateurs.

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Faut-il s’inquiéter : et si le climat signait la fin des bières ?
Faut-il s’inquiéter : et si le climat signait la fin des bières ? © RSE Magazine

Le réchauffement climatique chamboule bien des secteurs, et le monde de la bière n’y échappe pas. Tandis que les papilles des buveurs évoluent, l’industrie se heurte à des embûches environnementales qui risquent de changer la façon dont on brasse et déguste. La donne se modifie d’autant plus rapidement avec l’émergence des micro‑brasseries artisanales et la multiplication des styles de bières.

Une révolution brassicole en cours

La « révolution de la bière artisanale » a favorisé l’apparition de nombreuses micro‑brasseries un peu partout dans le monde. Ces petites structures pleines d’initiative offrent une panoplie de bières aux goûts divers, des IPA (India Pale Ale) aux stouts en passant par les lagers. Du côté des géants internationaux, ils élargissent aussi leur gamme pour satisfaire cette demande en plein boom. Cette effervescence pousse d’ailleurs à se pencher sérieusement sur l’origine et la qualité des ingrédients utilisés.

En 2020, une étude menée en Alsace a mis en lumière les effets possibles du changement climatique sur l’univers brassicole. Trois types de répercussions ont été signalés : agricoles, industrielles et indirectes, liées aux attentes des consommateurs. Ces effets pourraient bien modifier, en profondeur, la façon dont la bière est produite et dégustée.

Les défis agricoles

Les ingrédients de base pour brasser, comme le malt et le houblon, sont particulièrement fragiles face aux caprices du climat. Les périodes de sécheresse risquent de faire chuter les rendements en orge et en houblon, alors que des températures trop élevées diminuent la teneur en acides alpha du houblon (responsables de l’amertume). Pour éviter ces désagréments, quelques brasseries songent à se tourner vers des fournisseurs de régions moins exposées, comme le Royaume-Uni.

D’autres pistes passent par l’optimisation des méthodes de production et la révision des recettes traditionnelles. Par ailleurs, certaines expérimentent déjà des bières sans houblon, en utilisant d’autres plantes aromatiques telles que l’achillée mille‑feuille ou le lierre terrestre.

Les contraintes industrielles

L’eau représente entre 90 % et 95 % du volume de la bière, et fabriquer un litre de bière demande entre 4 et 7 litres d’eau. Dans une période où les restrictions hydriques se multiplient à cause des sécheresses, cela constitue un sacré défi pour les brasseurs.

De surcroît, garder une température stable pendant la fermentation reste fondamental pour la qualité du produit final. Les bières à fermentation haute, comme les IPA, sont moins sensibles aux fortes chaleurs que les lagers qui nécessitent un refroidissement soigné. Certains acteurs envisagent ainsi la récupération de l’eau de refroidissement ou l’installation de panneaux photovoltaïques pour limiter la consommation électrique liée au refroidissement.

Les goûts des consommateurs en évolution

Le réchauffement influence aussi indirectement nos habitudes de consommation. En été, quand la chaleur fait des siennes, on note généralement une baisse de la consommation d’alcool. Pour s’adapter, le marché voit naître de plus en plus de bières sans alcool.

De plus, les consommateurs se montrent de plus en plus attentifs à l’empreinte écologique des produits. Ils privilégient désormais des choix qui misent sur la durabilité, que ce soit à travers des circuits courts, l’agriculture biologique ou encore le réemploi via la consigne. Les brasseurs modernes doivent donc répondre à ces nouvelles attentes et aux défis climatiques.

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