Fonds article 8 : exode des capitaux au deuxième trimestre 2025 dans un climat incertain

Publié le
Lecture : 2 min
Fonds Durables Article8
Fonds article 8 : exode des capitaux au deuxième trimestre 2025 dans un climat incertain © RSE Magazine

Ils avaient incarné la promesse d’un capitalisme plus vertueux. Mais au deuxième trimestre 2025, les fonds article 8 subissent une désaffection brutale. Que s’est-il passé pour que ces champions autoproclamés de la durabilité perdent aussi vite les faveurs des investisseurs ?

Les fonds article 8 en pleine rechute

Le 29 juillet 2025, Morningstar a publié des chiffres qui jettent un froid sur l’univers de la finance durable : pour la première fois depuis deux ans, les fonds article 8, créés dans le cadre du règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), affichent des flux négatifs. Une claque. D’autant plus brutale qu’elle survient dans un contexte où les enjeux environnementaux et sociaux n’ont jamais été aussi critiques. L’ampleur du désaveu surprend autant qu’elle interroge.

À en croire les chiffres compilés par Morningstar, les fonds article 8 ont connu une véritable sortie de route au deuxième trimestre 2025. Alors qu’ils avaient collecté plus de 52 milliards d’euros en début d’année, les trois mois suivants racontent une tout autre histoire : les sorties nettes se sont multipliées, les flux se sont inversés. Aucune embellie en vue. Le reflux s’accentue même dans plusieurs catégories d’actifs, touchant tant les fonds actions que les obligations vertes labellisées article 8.

Que faut-il comprendre de ce retournement ? Un effet de cycle passager ? Une simple pause dans la dynamique ESG ? Rien n’est moins sûr. Car dans le même temps, les fonds dits « durables » ont, dans leur ensemble, légèrement rebondi au niveau mondial, enregistrant 4,9 milliards de dollars d’entrées nettes. Autrement dit, le malaise ne touche pas toute la finance durable. Il vise spécifiquement les fonds article 8.

Incertitude, guerre et désenchantement réglementaire

Les tensions géopolitiques, les conflits prolongés et une incertitude économique tenace ont fragilisé les arbitrages des investisseurs. Et dans ces périodes de doute, les actifs étiquetés « durables mais pas trop » deviennent les premiers à être sacrifiés. Les fonds article 8, qui ne sont pas soumis à des critères aussi stricts que leurs cousins de l’article 9, font désormais figure de compromis flous. Trop verts pour séduire les sceptiques, pas assez contraignants pour rassurer les convaincus.

Et puis il y a la confusion réglementaire. La fameuse révision du règlement SFDR, toujours en suspens à Bruxelles, a paralysé bon nombre de gérants. Qui peut aujourd’hui dire avec certitude ce qu’implique l’appellation « article 8 » ? Ce flou alimenté par les retards législatifs entretient le soupçon de greenwashing. Une partie des investisseurs n’est plus dupe.

Quand la promesse ESG se heurte au mur des données

L’un des talons d’Achille des fonds article 8, c’est la qualité – ou plutôt le manque de qualité – des données ESG utilisées. Les obligations de transparence sur les « principal adverse impacts » (PAI, ou principales incidences négatives) ont révélé l’ampleur du vide : très peu de sociétés publient des données ESG complètes, fiables et vérifiables. Résultat ? Les gérants de fonds naviguent à vue, avec des indicateurs biaisés, voire inexistants.

Et comme si cela ne suffisait pas, certaines maisons de gestion ont commencé à reclasser en catimini certains produits : des fonds initialement labellisés article 8 ont discrètement rétrogradé vers l’article 6 – autrement dit, hors des critères durables. Selon le rapport Morningstar, les reclassifications ont certes ralenti au deuxième trimestre, mais elles restent un signal fort : l’étiquette article 8 ne suffit plus à convaincre. Et c’est précisément là que se joue l’avenir.

Peut-on espérer un retour de flamme ? Peut-être. Mais il faudra pour cela que les gérants démontrent davantage de rigueur, que les données s’améliorent, et surtout que l’Union européenne clarifie rapidement ce que recouvre vraiment la notion de durabilité financière. En l’état, trop de zones d’ombre minent la crédibilité des fonds article 8. Les investisseurs, eux, ont déjà tranché.

Laisser un commentaire