Gaz à effet de serre : les cinq secteurs qui polluent le plus en France

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Gaz à effet de serre : les cinq secteurs qui polluent le plus en France © RSE Magazine

Les émissions de gaz à effet de serre ont enregistré une baisse globale de 32% en France depuis 1990. Mais cette moyenne masque d’importantes disparités sectorielles. Si certains secteurs ont drastiquement réduit leur empreinte carbone, d’autres résistent encore à la transition. Comprendre quels sont les secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, et comment évoluent leurs contributions respectives, devient une nécessité politique et économique.

Transport : la lente décrue d’un géant structurel

Quels sont les secteurs qui émettent le plus en France ? C’est sur ce sujet que s’est penché le think-tank Rexecode dans sa dernière étude. Il y a tout d’abord le secteur des transports, l’ennemi numéro un du climat. Parce qu’il pèse 34% des émissions nationales en 2024, selon le ministère de la Transition écologique. Et malgré des améliorations techniques, la baisse reste timide : -1,2% entre 2023 et 2024, soit un recul annuel largement inférieur aux objectifs climatiques.

Le problème principal vient de la route. Voitures particulières, poids lourds et véhicules utilitaires légers représentent 94% des émissions du secteur, avec des parts respectives de 53%, 27% et 15%. Le rail et le fluvial, eux, restent anecdotiques en volume. Certes, l’aviation intérieure baisse sensiblement (-4,3% en 2024), mais le transport aérien international repart à la hausse (+5% sur un an), approchant à nouveau les niveaux pré-Covid.

Industrie : progrès réels mais fragiles

À l’autre extrémité, le secteur industriel a enregistré une réduction spectaculaire de ses émissions : -54% entre 1990 et 2023, selon les données du Citepa. Ce recul concerne surtout les industries manufacturières, dopées par l’efficacité énergétique, la décarbonation progressive et une désindustrialisation massive.

Mais peut-on vraiment s’en réjouir ? Si la baisse est indéniable, elle résulte en partie de la fermeture ou de la délocalisation d’unités de production. Et à l’heure où l’on parle de réindustrialisation verte, le défi consiste désormais à relancer la production sans relancer les émissions.

La production d’énergie et le raffinage comptent également pour 9% des émissions, avec une baisse continue de 55% depuis 1990. Là encore, les progrès tiennent autant à la mutation du mix énergétique qu’à la chute de la demande industrielle.

Bâtiments : l’effet prix et climat stimule la sobriété

Le parc résidentiel et tertiaire génère environ 16% des émissions françaises en 2023. Une part non négligeable, mais qui tend à se contracter, en particulier depuis la flambée des prix de l’énergie. Entre 2023 et 2024, les émissions ont diminué de 1,1%, en partie grâce à un hiver doux et aux efforts accrus d’isolation. Les campagnes de rénovation énergétique, amplifiées par le plan France Relance et la montée du « zéro passoire thermique », semblent enfin porter leurs fruits.

Reste un défi de taille : électrifier le chauffage et s’attaquer aux bâtiments tertiaires les plus énergivores. Car l’enjeu dépasse le simple confort thermique : il touche à la soutenabilité de l’ensemble du système.

Agriculture : un dilemme structurel

Souvent relégué au second plan, le secteur agricole pèse pourtant 20% des émissions de gaz à effet de serre. Et sa trajectoire reste incertaine. Depuis 1990, les émissions ont reculé de 18%, mais les marges de manœuvre s’épuisent. La diminution du cheptel bovin (-9% depuis 2019) a permis une légère baisse en 2024 (-0,5 %), mais les émissions liées aux engrais azotés, au protoxyde d’azote et au CO₂ fossile restent élevées.

Peut-on vraiment décarboner l’agriculture sans impacter la production ? La question divise, et l’absence d’alternatives technologiques rapides complique la réponse. Des leviers existent – diversification, méthanisation, agroécologie – mais leur mise en œuvre demeure hétérogène.

Déchets et puits de carbone : marges faibles, enjeux forts

Les déchets représentent environ 4% des émissions nationales, avec une baisse modeste de 7% depuis 1990. Ce secteur souffre d’un manque de leviers techniques rapides, même si la montée en puissance de la valorisation énergétique et du tri sélectif commence à produire des effets.

À l’inverse, le secteur dit UTCATF (utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie) constitue un puits net de carbone, absorbant plus qu’il n’émet. En 2021, il permettait d’absorber 17 Mt de CO₂ équivalent, un chiffre stable mais encore fragile face aux tensions foncières et climatiques.

La trajectoire actuelle : un rythme insuffisant

L’objectif de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) est clair : atteindre une réduction de 50% des émissions d’ici 2030 par rapport à 1990. Cela impose une baisse annuelle moyenne de 5% entre 2022 et 2030. Or, en 2024, la baisse n’a été que de 0,9%, selon Rexecode. Et les prévisions pour 2025 annoncent un modeste -2%. Cette inertie contraste brutalement avec les impératifs climatiques.

Les secteurs émetteurs de gaz à effet de serre sont bien identifiés. Les outils réglementaires, fiscaux et technologiques existent. Mais l’ampleur de la transformation à mener reste redoutable. Sans un basculement stratégique, les objectifs de neutralité carbone risquent fort de rester hors d’atteinte.

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