Avec les crises climatiques et géopolitiques qui bouleversent nos priorités, la capacité d’un pays à nourrir sa population avec sa production locale se pose comme une vraie question importante. Une étude récente, publiée dans Nature Food le 16 mai 2025, examine combien de nations arrivent à couvrir leurs besoins alimentaires grâce à leurs produits nationaux. Le résultat ? Le Guyana serait le seul à couvrir entièrement les sept groupes alimentaires indispensables.
Autosuffisance en alimentation, mode d’emploi
Menée par les universités d’Édimbourg en Écosse et de Göttingen en Allemagne, l’étude a porté sur 186 pays pour jauger leur capacité à produire localement tout ce qu’il faut pour un régime alimentaire à la fois sain et durable. Les chercheurs se sont penchés sur sept catégories : fruits, légumes, poisson, viande, produits laitiers, féculents et légumineuses/noix/graines (ces dernières regroupent en fait des éléments comme les haricots, pois, noix et graines). Le constat ? Plus d’un tiers des pays ne parviennent à produire de façon autonome qu’un ou deux de ces groupes.
Le Guyana se démarque en atteignant l’autosuffisance dans les sept catégories. À côté, la Chine et le Vietnam arrivent à couvrir six groupes sur sept. Cette situation montre clairement que certaines régions, notamment dans les Caraïbes, en Afrique de l’Ouest et dans les États du Golfe, peinent à être autosuffisantes.
Les phénomènes climatiques se montrent déterminants dans cette affaire. Comme le souligne Alexander Vonderschmidt dans un communiqué de l’université d’Édimbourg : « Les chocs climatiques transforment le secteur agricole et continueront de s’intensifier ». En Europe, certains pays produisent largement en viande et en produits laitiers, tandis que dans de nombreux pays africains, la production reste très faible.
Moins de la moitié des nations arrivent à produire suffisamment de haricots, pois, noix et graines. Par ailleurs, un seul quart produit assez de légumes pour leurs besoins internes, créant ainsi une forte dépendance aux importations.
La dépendance aux importations et ses répercussions
S’appuyer massivement sur les importations peut mettre en difficulté face aux crises mondiales, que ce soit en cas de guerre ou de pandémie. Jonas Stehl rappelle ainsi : « Une forte dépendance aux importations en provenance d’un seul pays peut fragiliser les nations ». De même, beaucoup d’États d’Amérique centrale et des Caraïbes dépendent principalement des États-Unis pour leurs apport en féculents.
Ce phénomène se complique lors de situations de crise qui perturbent les chaînes logistiques. La pandémie de COVID-19 ou encore l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont relancé le débat autour de l’autosuffisance alimentaire mondiale. L’intérêt grandissant pour cette question reflète souvent une tendance vers un nationalisme renforcé.
Pour une alimentation plus résiliente
Les méthodes traditionnelles de collecte de données sont limitées et peu précises. Cette recherche pourrait également être appliquée à d’autres régions agricoles, renforçant ainsi la résilience agricole face aux changements climatiques et assurant une sécurité alimentaire durable.
Il apparaît clairement qu’il est indispensable de repenser nos méthodes agricoles pour garantir une sécurité alimentaire sur le long terme. Ce défi de taille appelle à une mobilisation conjointe des gouvernements, des industries agroalimentaires et des communautés locales pour que chaque nation puisse progressivement tendre vers une autosuffisance alimentaire réelle.








